24 mars 1961, massacre d’innocents au Lamentin. 24 mars 2009, Domota s’impose. Youpi, les Fins de grève ont changé aux Antilles !

Bien souvent les grèves aux Antilles finissaient
par les armes et dans le sang

Il fut un temps où dans nos îles, on tirait sur les travailleurs en grève, comme ce dimanche 24 mars 1961 au Lamentin où les trois victimes sortaient de la messe…Aujourd’hui, un syndicaliste-symbole-du-peuple, impose la rue aux profiteurs et à l’état. Les temps changent. Ils ont déjà changé…

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« Pa manyé Elie Domota » désormais incontournable…

Les États généraux promis et organisés depuis l’Elysée par M. Sarkozy se préparent ardemment dans mes îles et il se dit que Elie Domota pourrait ne pas y prendre part, ce qui met les états major politiques dans tous leurs états. Car ils savent bien que sans Domota, ce sera encore beaucoup de travail pour un coup d’épée dans l’eau. Car on ne peut plus rien faire sans tenir compte de cet homme, symbole de la fierté et de la force de peuples que l’on débattait encore il y a peu en assemblée pour savoir s’ils existaient ou pas…

Le fait est qu’ Elie Domota dépose maintenant comme un trésor dont il aurait la garde, le poids du peuple qu’il représente dans la balance de ce qui se fera ou ne se fera pas dans nos îles. Parce qu’il a un pouvoir qu’aucun état ne peut lui enlever. Toute brimade contre lui, juridique, morale, financière, fiscale, ou physique, sera ressentie comme étant dirigée contre le peuple et renforcera sans aucun doute l’envie de ce dernier de protéger son leader venu de l’ombre. C’est nouveau pour un syndicaliste aux Antilles..

Parce qu’avant…

Tenez, c’était un 24 mars tiens, ce dimanche de l’an 1961. Des paroissiens qui sortaient de l’église du Lamentin sont pris pour cible par les gendarmes mobilisés pour réprimer la grève des ouvriers agricoles en lutte pour leurs droits… Bilan, de nombreux blessés et surtout ces trois tombes au dessus desquelles Georges Gratien hurlera le dégout populaire !

L’époque, ce sont ces années 60 qui commencent mal pour les ouvriers agricoles martiniquais. En cette fin de règne des habitations, leurs conditions de vie sont extrêmes, et ils gagnent des salaires de misère. Chaque année, ce qui est alors déjà la pwofitation les accule à la grève et ils manifestent dans les rues pour négocier augmentations et meilleures conditions de travail.

Ces manifestations se terminent pratiquement toujours par la répression et celle-ci est pratiquement toujours sanglante. Personne ne sait ce qui est passé par la tête des gendarmes qui ont fait feu sur la foule qui sortait tranquillement de la messe, ce jour là. Toujours est-il que quand la folie meurtrière cesse, on relève trois morts de balles tirées dans le dos. Une fille de 24 ans, et deux jeunes hommes de 20 et 26 ans qui auront eu moins de chance que les dizaines de blessés officiellement recensés.

Le jour de leurs funérailles, le maire du Lamentin, l’avocat Georges Gratiant prononcera un discours demeuré dans les mémoires et dans les archives sous le nom du « Discours Sur Trois Tombes », discours qui lui vaudra d’être traduit en justice ! Les gendarmes tireurs n’ont jamais été inquiétés.

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Lire le « Discours sur Trois Tombes » de Georges Gratiant (1907/1992)

Il en fut toujours ainsi. Notre histoire est en effet émaillée d’évènements sanglants au terme de luttes ouvrières ardentes, drames occultés de nos mémoires, mais bien présents dans cette histoire que nous avons aujourd’hui à gérer ensemble, que nous soyons Noirs, Bétchés, Zindiens, Français de France ou Etat français, ensemble…

Nous sommes aussi nés dans cette violence, sans jamais la voir sanctionnée. Et pourtant, il y en eut des occasions de faire montre de justice et de vérité dans ce pays ! Notamment ces quelques dates qui sont entrées dans l’histoire, tachées du sang de bien des innocents :

24 mai 1925 : Meurtre de Zizine et Des Etages
Un gendarme assassine Zizine et Des Etages

Juillet 1948 : L’Affaire des Seize de Basse-Pointe : un conflit éclate et le béké De Fabrique est tué : Basse-Pointe est en état de siège; la grève des ouvriers va durer huit mois. En 1951, 16 militants syndicaux seront jugés aux assises de Bordeaux.

Mars 1948 : 3 ouvriers agricoles sont fusillés au Carbet. Lors de la grève générale de tous les ouvriers de l’habitation Lajus éclate une fusillade. Bilan,2 morts et 2 blessés.

Février 1974 : Fusillade de Chalvet à Basse-Pointe, Martinique. 2 ouvriers agricoles tués : Après deux mois de grève, des ouvriers agricoles de Basse-Pointe sont pris dans une embuscade dressée par les forces de gendarmerie. Deux d’entre eux y laisseront leur vie ,Ilmany et Marie-Louise…

Si je vous donne les détails, ça ferait un bouquin. Quelques clics sur les moteurs de recherche et vous saurez tout sur ces évènements tragiques. J’arrête là pour aujourd’hui, date anniversaire de la tuerie du Lamentin, mais nous y reviendrons. Je prépare en effet une série sur mon vécu et mon ressenti pendant la grève. Et comme je vous l’ai dit, qui dit grève dit violences…

C’était tellement intense que ça ne peut pas se résumer. Ni sortir à la chaine… Vous n’avez donc pas fini d’entendre parler de Domota et de l’effet qu’il nous fait et de la Révolution qui est en marche dans les consciences et dans les coeurs.

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Image de Domota dans la foule dans son contexte :
www.legrandjournal.com.mx/la-une/guadeloupe-l.

Photo de Gorges Gratiant dans son contexte :
caribbeangirl.over-blog.com/categorie-1012662…

Portrait d’Elie Domota :
www.pyepimanla.com/greves-aux-antilles/articl…