28 octobre : La langue créole, jadis méprisée, est à l’honneur aujourd’hui…

Journée internationale de la langue et de la culture créoles

Les Africains déportés de partout, qui se sont retrouvés en Diaspora y ont miraculeusement créé des richesses dont jouissent leurs descendants : la cuisine, la musique, les costumes traditionnels, les contes, la pharmacopée… la langue créole jadis opprimée, est aujourd’hui honorée, partout où on la parle…

creole-parler

Le créole fait aujourd’hui partie du patrimoine culturel des iles des Antilles, de toutes les îles de l’océan indien, et jusqu’à la Nouvelles Orléans qui revendique elle aussi son parler créole, tant il est vrai que la langue varie d’un endroit à l’autre. Créé par les esclaves et parlé aussi par les maitres, il me semble que le créole est la dernière langue négro-africaine créée. Elle aurait pu être la dernière du monde si Eliézer Perlman/Ben Yehouda n’avait inventé de toutes pièces la langue hébreu parlée de nos jours en Israël, il y a un peu plus d’un siècle, langue moderne qui n’a rien à voir avec la langue parlée aux temps bibliques qui était  l’araméen.

Ce qu’il a créé de manière scientifique et avec des moyens financiers, les esclaves l’ont fait de manière naturelle, car ce sont toutes les langues ancestrales qui se sont retrouvées en contact qui se sont mélangées à celles rencontrées sur place (français, anglais, portuguais, espagnol, etc) pour donner cette langue aux accents colorés qu’on a appelé le créole. Ce mot qui jadis désignait les blancs nés dans les colonies est devenu le nom de la langue, puis de la culture des peuples qui la parlaient, d’où la créolité actuelle, revendiquée et accompagné par le courant littéraire du même nom créé par Edouard Glissant ou Patrick Chamoiseau pour ne citer que ceux-là.

C’est à cause de son origine que je ne dis jamais « costumes créoles ». Car pour moi, aucun créole n’a créé une des ses fabuleuses tenues dont ma mère était la gardienne. Ce sont les Africaines qui les ont créés, leur génie propre et leur créativité seules. Aussi, je trouve plus normal d’appeler ces tenues « Costumes traditionnels martiniquais ». Ce choix m’engage et n’engage que moi, bien sûr. Mais j’y tiens, par respect pour la mémoire des créatrices de ces tenues qui, même si elles ont pris et appris des traditions vestimentaires de l’Europe, étaient non des Créoles (qui ont lancé une vraie mode dans la France de l’Empire à l’époque de Joséphine) mais des Africaines et Afro-caribéennes. Bref, revenons à la langue, ou plutôt à ces créoles, parlés tout autour de la planète.

creole-mapa (Clikez sur la carte pour l’aggrandir et la rendre plus lisible)

Je me souviens du temps où aux Antilles, il était très mal élevé, voire même interdit de le parler en public ou à l’école. Les premières émissions en créole qui furent diffusées à la radio ont fait scandale ! On disait (et certains esprits chagrins continuent de le penser) que le créole empêchait les enfants de bien parler le français de France. Ce tabou a laissé des séquelles puisque jusqu’à aujourd’hui, certains Antillais jugent inconvenant, gênant de s’adresser en créole aux Anciens, à leurs parents, à leurs enfants. J’en connais même qui n’osent pas parler d’amour en créole.

J’en connais heureusement aussi qui le défendent d’arrache-pied, au point que le créole a obtenu le statut de langue régionale et est même devenu la langue nationale des Seychelles depuis leur indépendance. En 1981, des scientifiques parlant créole organisent un colloque scientifique « Un créole/des créoles, continuité et créativité dans le monde créole » à la suite de quoi, le 28 octobre de la même année, ils se regroupent pour créer le mouvement « Bannzil Kreyol » dans l’île de Sainte Lucie. Le 28 octobre 1983, ils organisent la première journée de Bannzil Kreyol.

Depuis, l’Unesco a inscrit cette date du 28 octobre dans le calendrier des journées internationales, consacrée à la langue et à la culture créoles, que nous célébrons avec plus ou moins de faste aujourd’hui. Ici, en Martinique, nous le fêtons avec moins d’intérêt que nos voisines de la Caraïbe, très loin derrière l’implication de l’île de Sainte Lucie, par exemple, qui, en créant un festival dont le point d’orgue c’est aujourd’hui, a réussi à  faire  de cet évènement un produit culturel, artistique et touristique. A chacun ses priorités, n’est-ce-pas ?

Et pour terminer, le proverbe créole du jour, que je trouve génial :
Tchinbé rèd, pa moli. Pass sé moli a ki rèd !

(Textuellement : tiens dur, ne mollis pas. Car c’est de mollir qui est dur !
Ecrit phonétiquement car je ne suis pas d’accord tout à fait avec la graphie actuelle dont la logique me pose problème et vous ne comprendriez pas ma graphie sans l’explication qui serait ici trop longue. Une autre fois, peut-être…)

Le dessin est extrait d’un article du blog du Monde où un expatrié français raconte ses démêlés avec le créole réunionais : trrrrrrès drôle !

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Plus d’infos sur le créole :

Le créole ? C’est quoi exactement ?

Quelques infos sur le créole en France ? C’est ici…

Apprenez à parler créole en ligne, ça vous dit ? C’est là…

5 comments on “28 octobre : La langue créole, jadis méprisée, est à l’honneur aujourd’hui…”

  1. pahdoc dit :

    « Ce choix m’engage et n’engage que moi, bien sûr. Mais j’y tiens, par respect pour la mémoire des créatrices de ces tenues… »
    Vous avez tout à fait raison de défendre la culture Africaine. Nous avons tant de richesse à découvrir encore. Tant de choses ont été tronqué qu’il faut absolument, se battre bec et ongle pour sauvegardé le plus possible la culture Africaine comme n’importe quelle culture le ferait. Il faut rendre à César ce qui appartient à César ne dit-on pas? Alors, il faut rendre à l’Afrique ce qui appartient à l’Afrique. La perte des mémoires est une catastrophe pour chacun d’entre nous. C’est si intéressant de savoir, où, comment et pourquoi se sont faites les choses. C’est comme pour la construction d’une maison, il faut que les fondations soient réelles pour que l’édifice tiennent!

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