BIOGRAPHIES : J’écris le roman de votre vie

Ma vie est un roman !

Combien de fois vous êtes-vous fait cette réflexion, et avez-vous rêvé de voir écrit pour l’éternité tout ce que vous avez vu, vécu et partagé tout au long de votre vie ?

Vous êtes-vous dit que le parcours de telle ou telle connaissance vous parait si exceptionnel, si original, voire même si exemplaire, qu’il faudrait le consigner afin de le porter à la connaissance du plus grand nombre ?

Ou bien encore avez-vous envisagé de recueillir la mémoire d’un Ancien, parce que vous jugez qu’elle peut être utile aux futures générations, et le destin est venu mettre un terme définitif à votre projet avant que vous n’ayez pu le réaliser ?

Ne laissez plus le temps décider pour vous.
Vous avez le héros et la mémoire, nous avons la plume.
Plume…
Confiez-nous votre histoire, nous en ferons un roman.

Après une série de rencontres et d’entretiens au cours desquels nous recueillons toutes les informations et les documents utiles, nous rédigerons pour vous le roman de votre vie.

Cette rédaction sera soumise à votre contrôle et à votre appréciation, après quoi vous possèderez enfin le manuscrit définitif dont vous déciderez de l’usage que vous voudrez en faire, dans le cercle privé.

Les ouvrages destinés à une publication publique et commerciale font l’objet d’une négociation soumise à la loi en vigueur en matière de droits d’auteurs.

Réalisez enfin votre rêve. Aujourd’hui.
Imaniyé : (221) 76.489.70.70
mavieestunroman@yahoo.fr


Morceaux choisis…

Lorsque vous relisez un chapitre de sa propre histoire à quelqu’un et que vous le voyez fondre en larmes, vous savez que vous avez réussi quelque chose. Ecrire une biographie, en effet, c’est aussi entrer, au fil des pages écrites, dans la peau de celui qui se raconte. C’est ressentir les émotions qu’il a lui-même ressenties et qu’il éprouve encore à l’évocation de ses souvenirs, et réussir à les transmettre le plus fidèlement possible.

Voici quelques morceaux choisis écrits à partir de récits qui m’ont été faits, que j’ai traduit dans ce style personnel qui donne leur originalité à mes travaux de plume. Par souci de discrétion, les noms des lieux et des personnages ont été changés. Bonne lecture !

Il était une fois, en Martinique… Souvenir d’une mère !

Scène de marché en Martinique
Les figures évoquées dans ces souvenirs ressemblent à ces marchandes
qui jadis, impressionnaient par leur style, leur courage, leur force, leur foi et leurs manières.
Photo : DR. Collection privée

Il est près de 16 heures, ce fameux jour de l’an 2000 et un soleil de plomb inonde la petite place du bourg où, assise sous un petit arbrisseau qui offre aux passants son ombre rafraîchissante, j’attends Man Doudou. Pour rien au monde, je n’aurai manqué ce rendez-vous, le dernier, avec l’une des figures les plus marquantes de ce quartier qui m’a vu naître, grandir, et devenir. Man Doudou ne va plus tarder, car déjà, devant la petite église se rassemble la foule de parents, d’amis et d’alliés, venus, comme moi, lui rendre un dernier hommage. Je reconnais tous les vieux voisins parmi eux, qui me saluent, et à qui je rends le sourire qu’ils m’ont toujours connu. Je souris mais mon cœur est triste. (…) J’attends cette vieille dame qui, à plus de 80 ans, a conservé tant d’amis, jeunes comme vieux, femmes comme hommes et tandis que la foule recueillie se fait de plus en plus compacte, les souvenirs me submergent et me tiennent lieu de larmes. N’est-ce pas ici même que j’eus à dire adieu à ma mère Lucie et à ma tante Mado, ces deux figures exceptionnelles qui ont le plus marqué ma vie, et à qui je ne peux m’empêcher encore aujourd’hui de penser, sans rire ou sans pleurer. Je les revois encore, l’une comme l’autre, chacune de son côté ou toutes les deux ensemble, et moi, au mitan, grandissant entre les tendres mais fermes recommandations de sagesse de l’une et les fervents encouragements à donner libre cours à mes penchants de garçon manqué de l’autre ! D’un coup, comme soulagées de pouvoir enfin s’imposer entre deux exigences quotidiennes, les images se mirent à défiler à toute vitesse dans mon esprit qui, partant du parvis de ce lieu sacré où je découvris les mystères qui allaient forger à jamais ma foi, dévala la petite pente bordée de bougainvilliers d’un rouge inoubliable, pour bifurquer à gauche, jusqu’à la petite maisonnette en bois de la rue des bougainvilliers. C’est dans cette rue bien nommée que la famille conserve et entretient comme une relique, la petite maisonnette qui nous a vu naitre, en souvenir de cette enfance qui, en ce moment même, me submerge. (…)

Ma mémoire libérée tourne furieusement des pages entre lesquelles éclatent des cris, des rires, des éclats de joie et de dispute, qui fusaient au quotidien dans ces petites ruelles que n’avaient pas encore envahi les voitures, peu nombreuses à l’heure où commence mon histoire. Nous sommes en guerre, dans la Martinique de ce fameux amiral Robert qui allait laisser, associé à son nom, le souvenir de restrictions, de privations, de souffrance et aussi de débrouillardise et d’inventivité d’un peuple qui dut, pour s’en sortir, faire preuve de patience, de bonne humeur et d’une grande imagination. Ces qualités, ma mère les avait en à revendre. C’était une « Femme Seule » comme on dit aujourd’hui, elle était jeune et tellement belle et surtout, d’une élégance particulière qu’elle n’avait pas le temps d’exploiter. Elle avait trop à faire pour nourrir ses enfants et, pour ce faire, que n’a-t-elle fait ? Elle a tout vendu, du pain, du poisson, des papayes et des fruits à pain qu’elle cueillait en abondance dans l’arbre à pain autour duquel elle bâtira sa maison, nous faisant jurer de ne jamais le couper, car disait-elle, il nous donnerait toujours à manger. L’arbre à pain est toujours là, et la maison aussi, ainsi que le bassin qu’elle a construit de ses propres mains, car elle savait tout faire. Cela a toujours fait mon admiration, comme elle provoquait celle du voisinage ? Elle observait les spécialistes et se mettait à l’ouvrage. N’importe quel ouvrage. Son toit avait besoin d’être refait ? Elle achetait tout le nécessaire et grimpait sur son toit pour le refaire elle-même… Une voisine glissait dans la boue devant chez elle ? C’est qu’il lui fallait un escalier. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, elle était revenue avec le sable, le ciment, la truelle et le seau d’eau. Certains de ses escaliers existent toujours. Mon esprit en a croisé un sur lequel je me suis beaucoup assise jadis, chez ma voisine. Un jour, sa couturière prit trop de temps pour lui coudre une robe. Vexée et déterminée, elle se mit à la couture, ce qui lui permit de réaliser des économies substantielles, car elle put depuis, habiller elle-même toute sa famille. Ah, son courage, son ingéniosité, sa polyvalence ont marqué les esprits.(…)

Ainsi s’écoula mon enfance, faite de jeux, de rires partagés avec mes frères et sœurs. Nous avons hérité de Maman cet esprit de solidarité qui fait que nous étions intouchables pour les autres. J’aime à me souvenir de nos blagues, de nos courses sur les toits, de nos farces, de nos parties de pêche dans le canal d’où nous ramenions des poissons colorés pour l’aquarium fait maison par notre mère, si débrouillarde et si ingénieuse. Je me souviens de la boutique de Man Antourel, faisant presque face à celle de Man Antonine. C’est là que nous allions acheter à crédit, comme tout le quartier qui lui devait de pouvoir manger les jours sans argent que nous connaissions tous. Sans argent, mais non sans amour. Et de l’amour, nous en recevions beaucoup, à travers tous les gestes que notre mère posait au quotidien pour nous inculquer la sagesse. Manman Anaïs avait une méthode bien à elle. Elle attendait que nous fautions, et puis elle se servait de la faute pour nous raconter une histoire dont nous devions nous-mêmes trouver la morale. (…)
Voila la maman que le Bon Dieu m’a donné, et je l’en remercie, car j’ai à cœur de transmettre à mes enfants et aujourd’hui à mes petits enfants, les valeurs qu’elle a su m’inculquer, faites de générosité, de tendresse, de patience, d’ingéniosité… C’est comme ça pour toutes les mères ? Vous croyez ? Et bien tant mieux, car c’est une mère comme celle là que je voudrais pour tous ! Une mère capable de fabriquer de toutes pièces pour sa sœur, marchande de pain, une charrette pour lui éviter de porter le pain chaud sur son cou, au risque de la rendre malade. Et sur cette charrette, savez-vous qui avait sa petite place réservée dans un petit coin bien protégé par un confortable matelas de toile ? Moi, la dernière petite, choyée et chouchoutée par toute la famille et par ma tante qui faisait sa tournée en chantant tandis que je dansais sous ses applaudissements… Elle pensait que je serais devenue, comédienne, danseuse ou chanteuse parce que je l’étais si tôt sur sa petite charrette. Aujourd’hui, qu’aurait-elle pensé de moi en me voyant derrière mon bureau qui, bien que directorial, me confinait dans une pièce, moi qui voulait vivre dans la lumière. Sans doute m’aurait elle reproché de n’être pas allée au bout de mes rêves. Sûrement. Peut-être, car, en même temps, loin de me condamner, je sais qu’elle aurait compris les raisons qui m’ont poussée à choisir l’ombre à la lumière…
Tout à coup, au moment où le convoi funéraire s’immobilisa en face de l’arbrisseau qui avait abrité mes souvenirs, je sus ce que j’allais faire. Prendre dès demain des dispositions pour organiser l’année sabbatique que je me promettais depuis si longtemps. Et non pour réfléchir à ce que j’allais faire, mais bien pour me remettre face à une toile blanche avec suffisamment de tubes de couleurs et de pinceaux pour étancher ma soif. Je souris en réalisant que c’était comme si je venais de recevoir un ultime cadeau de la part de la vieille dame que je me levai alors pour escorter, à tout petits pas, jusqu’à sa dernière demeure.

Il était une fois, au Sénégal… De l’abominable goût de la honte

Il fait un temps superbe à Dakar en cet après-midi de juin, et la brise qui rafraîchit si agréablement l’air l’invite à la promenade. Le temps s’y prête donc, d’autant que naît en lui la délicieuse envie d’enrouler son grand corps pour l’ asseoir au volant de la voiture, la mettre en marche, l’écouter acquiescer à l’appel de la clé, et décoller, voler au-dessus de la route poussiéreuse, avec la sensation qu’aucun cahot ne saurait la blesser. Il faut dire que l’on prend de la hauteur dans sa voiture de collection (…) ; sa joie vient de la rutilante beauté de la carrosserie grenat qu’il a amoureusement restaurée, et qui, comme à son habitude, éblouit les enfants ! Ils étaient en effet toujours interloqués par cet étrange animal semblable à un gros insecte aux yeux proéminents qui surgissait en ce moment même en vrombissant dans les ruelles étroites de Ouakam, où il réalisa que sa promenade l’avait entraîné.

La voiture ancienne vue du volant
La belle voiture, signe de réussite pour certains, fidèle compagnon de route pour d’autres qui les conduit confortablement sur les chemins surprenants que la vie, parfois, emprunte…
Photo : DR.

Il se retrouvait là, fort étonné que son instinct puisse le conduire ici même, où il avait si douloureusement souffert. Chaque fois qu’il se retrouvait aux environs du grand magasin du quartier, un frisson le parcourait à la pensée de cette rue, quelque part par là, où la honte l’avait un jour enveloppé de son invisible mais pesant manteau. Ce n’était pas un jour, d’ailleurs, c’était une nuit. Il était deux heures du matin quant la voix, grave et sourde, gronda dans la chambre où il avait trouvé refuge. Il avait 16 ans, et ne savait où aller. Il avait fini par opter pour son cousin, enfin l’enfant d’une très bonne amie de sa mère, avec qui il avait grandi, mais qu’il considérait plus comme un parent que comme un ami ou une simple connaissance. En ce lieu, il se savait dans la sécurité d’une famille amie, qui le recueillait, comme la main charitable se penche vers l’oiseau tombé du nid. La longue amitié qui liait leurs deux mamans suffisait pour se passer d’actes de naissance, oui, chez sa tata, il se sentait comme chez lui. Lui qui n’avait plus de chez lui.

Oui, mais alors, ma chère tata, pourquoi demeuras tu aussi silencieuse lorsque la voix grave de ton mari, le maître de maison, tonna, ordonnant que l’on me mit à la porte, par une nuit d’une telle froideur… Pourquoi ? Pourquoi ?

Aujourd’hui, il pense savoir pourquoi. Et comme toujours, tout lui revient tel un film qui montrerait comment un fils à papa, né riche et bourgeois, peut à 16 ans, se retrouver dans la nuit noire et froide de la grande ville, indifférente à son drame. Lui qui semblait promu à un si brillant avenir de part l’aura de sa famille en général, de sa grand-mère et de son père en particulier, véritables autorités dans la ville, lui à qui d’autres enfants lançaient des pierres quand il était petit, parce qu’il était trop bien habillé et qu’il ne parlait ni wolof ni aucune autre de leurs langues.

Comme si c’était de ma très grande faute si l’éducation que me dispensaient mes parents et mes maîtres avait privilégié la langue, les habits et les manières occidentales ? (…)

Il faut bien dire qu’en ce temps-là, un jeune homme qui n’allait pas à l’école n’était pas fréquentable aux yeux de gens dont le rêve était d’égaler son père, en réputation et en biens. Ce devait être l’une des préoccupations de celui dont la voix allait s’imprimer pour toujours dans son cœur et dont le souvenir remonte avec son goût amer dans sa mémoire, chaque fois qu’il évoque son enfance faite d’autant de miel que de fiel. (…)

Ah non, il n’aurait pas voulu être docteur, ni avocat, ni dentiste, pour faire plaisir à qui que ce soit. Il était bien trop heureux de parcourir aujourd’hui le monde après ses affaires, dont les grisants hauts et bas l’entraînaient de l’Afrique vers l’Europe ou l’Asie, quant il ne traversait pas le désert, ce qu’il fit plusieurs fois ! C’était trop grisant d’être son propre maître et de décider quelle activité mener pour avoir le temps de restaurer tous ces vieux véhicules dont il avait la passion et qui, à pareille heure, encombrent son jardin. Non, vraiment, il n’aurait pas voulu être médecin.

Le temps avait passé depuis. Il aurait pu avoir oublié… Mais non, sa mémoire qui étonnait plus d’un avait gardé, intacts, les moindres détails de toutes les péripéties de sa vie, dont cet épisode qui revenait, telle une obsession liée aux parages et aux images de cette ruelle de Ouakam, dont le nom seulement lui inspirait bien des émotions. (…). Et des souvenirs, qu’il revivait ici, devant cet imposant portail et les hauts murs de la villa où le propriétaire n’avait même plus assez de voix pour le saluer. Dans son regard qui le fuyait la plupart du temps, il était évident que le vieil homme n’avait pas oublié qu’un jour, une nuit, il avait mis à la porte le garçon terrorisé. Une congestion avait depuis longtemps réduit une moitié de son corps à l’inertie et son autre moitié de bouche ne pouvait rendre ni salutations, ni sourire. Ce n’était plus un petit garçon qui lui faisait face aujourd’hui, mais un homme sur de lui, à la démarche hautaine disaient certains, mais que lui savait être simplement décidée. Non, au nom de Dieu, il n’avait jamais eu, dans le cœur, le souhait de voir cet homme puni de sa méchanceté. Et cela l’affectait que lui, le coupable à l’origine de sa grande souffrance de gosse, se sente humilié par son regard, par sa présence, par sa remarquable réussite. Donc, en réalité, il ne pensait jamais à narguer le vieillard vaincu. Au contraire, il préférait éviter de le revoir pour ne pas se souvenir de sa souffrance ce soir-là, lorsqu’il se retrouva dans la rue sombre… Le goût âcre des larmes qu’il versa abondamment sur lui-même, recroquevillé sur le trottoir… Le brûlant baiser de la peur dont le feu s’insinua jusqu’à ses os endoloris… Le poids de la honte qui se jeta sans ménagement sur sa frêle carcasse, s’imprimant définitivement en lui… Oui, comment délayer ce goût odieux qui lui remontait aux lèvres chaque fois qu’il passait par là où il se trouvait en ce moment même, ravivant la douleur intacte et cette sensation, abominable et nauséeuse, de ne compter pour personne.
Oui, c’était il y a bien longtemps, et mieux valait pour lui s’échapper loin d’ici, en direction de quartiers aux souvenirs plus tendres, ce qu’il fit d’un coup de pied nerveux sur l’accélérateur, propulsant sa belle bête rouge loin de cette vague douloureuse qui lui broyait, comme à chaque fois, le cœur.