Emilie Daniel, 9 ans déjà… Tout ça ?!

Bonne fête manman !


Aujourd’hui 27 octobre, il y a 9 ans que ma mère est morte.
Et je n’ai toujours pas encore réalisé qu’elle n’est plus là,
parce que… elle est toujours là, en images, en actions, en chanson…

Emilie Daniel, Gardienne des traditions vestimentaires de la Martinique. (20 février 1916 / 27 octobre 2999)

Emilie Daniel, Gardienne des traditions vestimentaires de la Martinique. (20 février 1916 / 27 octobre 1999)

Ainsi va la vie : on a une manman et puis un jour, elle meurt. C’est dans l’ordre des choses et tout parent a quelque part pour hantise d’enterrer un enfant, ce qui est généralement considéré comme contre nature. La perte de ma manman allait dans l’ordre des choses. Et pourtant, lorsqu’elle survint, je fus surprise et, comme je l’avais depuis toujours prévu par contre, complètement ravagée…

Oh, en apparence, tout le monde le prit bien dans la famille. Ma mère, Emilie Daniel, que son œuvre avait naturellement imposée comme gardienne des traditions, étant une artiste gaie, sa veillée mortuaire fut une véritable fête dont j’ai gardé un extraordinaire souvenir de joie, de musique, d’hommages en chansons. Une sorte de fièvre s’empara de nous qui nous fit la conduire au tombeau dans une douce euphorie. C’est étrange quand on y repense…

Maman a eu de quoi se gratter la tête : 13 enfants dont 2 absents de cette image... Plus d'une centaine de petits et d'arrières petits enfants en descendent aujourd'hui.

Maman a eu de quoi se gratter la tête : 13 enfants dont 2 absents de cette image de Monique Kromwell. Une centaine de petits et d’arrières petits enfants à ce jour… Plus une œuvre culturelle impérissable.

Avec le peu de recul que j’ai pu avoir à ce jour, je me dis que en fait, aucun de nous n’a jamais accepté son départ. En partant, elle est restée là, dans nos coeurs et nos pensées, comme elle l’avait toujours été. Et, en bons africains que nous restons quelque soient nos croyances, certains vont jusqu’à affirmer qu’elle doit être en ce moment même, en train de tirer la jambe du pantalon du Bon Dieu pour qu’il règle un de nos problèmes !

Tout en sachant qu’elle est partie pour toujours, je constate pourtant qu’elle est toujours présente, dans mes projets par exemple où j’envisage de lui consacrer le livre qu’elle mérite. Dans mon look, inspiré d’une tradition qu’elle a des-enchaînée et qu’elle me permet de visiter à mon tour, à travers la ligne de vêtements de mes rêves…

Elle est dans mes prières et demeure toujours un repère pour moi lorsqu’il m’arrive de flancher, de penser par exemple qu’une petite entorse aux principes qu’elle m’a inculqués peut passer inaperçue et rester impunie… Son regard noir de désapprobation me hante alors jusqu’à ce que j’abandonne l’idée de faire consciemment une bêtise.

Manman est dans ces expressions qui me reviennent en bouche, qu’elle a créées comme je vous l’ai raconté ici l’autre jour pour le mot « Blakbol ». Un de ces jours, je vous raconterai l’histoire du mot « stouk » qui revient souvent dans mon vocabulaire et qui lui doit beaucoup. Elle est dans le « pok djol » dont je menace aujourd’hui Munyahni quand il me pousse à bout et que je me surprends à réagir exactement comme elle l’avait fait avec nous tous !

Oui, Manman est là et bien là, sur les photos, rayonnante, imposante, royale comme de son vivant. Elle est dans la télé, grâce aux reportages et interview qui nous la restituent dans toute son énergie et nous ramènent son fameux rire.

Oui, aujourd’hui plus que jamais, Manman est toujours vivante !
Alors Bonne fête Manman doudou.
Viens pour que je t’embrasse…

B O N U S

Ma chanson Hommage à ma manman

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Ecoutez « TOTOTO MANMAN Ô »

Enregistré en live à l’Atrium par Robert Bruno, le 24 octobre 1999,
trois jours avant le décès de manman. (Album « Libre »)

J’y suis accompagnée par José Privat au piano, Jean-Marc Albicy à la basse, Nicol Bernard aux percussions et Denis Dantin à la batterie. Cet enregistrement fut l’une des dernières choses que ma mère entendit avant de sombrer dans le coma… Le sourire qui alluma son visage fut son dernier cadeau.