Francisco, Maitre du Bèlè ? Oui, Frantz Charles Denis le mérite…

Bon anniversaire Papito !

Il a, le premier, invité le tambour Bèlè dans la musique moderne martiniquaise et c’est avec bonheur et respect qu’il a toujours frappé le tambour, chose si choquante à l’époque, dans son monde.  La Maison du Bèlè se devait de l’honorer. C’est fait !

francisco-par-jean-guy-cauv Photo : Jean-Guy Covert

Chers amis du bout de monde qui ne le connaissez peut-être pas, je vous présente mon ami, Françisco, l’un des musiciens les plus géniaux que la Martinique ait enfantés. J’ai presque honte de ne consacrer que quelques lignes à une des personnes qui a le plus profondément marqué la société, dans sa jeunesse et tout son parcours en témoigne, jusqu’à aujourd’hui où il se tient debout, face à la vie, face au sort qui le maintient couché.

Que ceux qui aimeraient en savoir plus sur lui se procurent son autobiographie et ses albums, pour découvrir le personnage et le musicien. Ce que je peux vous dire pour le moment, c’est que du temps où il pouvait aller et venir à sa guise, il était tellement beau qu’il a laissé une réputation de séducteur irrésistible.

Il aurait pu se contenter de cela, mais le beau mec qui, seul dans le pays, pouvait se permettre de passer buste nu dans sa décapotable rose bonbon sur la Savane sans hésiter, était doué de tous les talents musicaux. Il chantait bien, dansait bien, jouait bien du piano et s’éclatait sur le tambour Bèlè qu’il n’hésitait jamais à enfourcher, au grand dam des bourgeois de son milieu d’origine. Je peux vous dire qu’il faisait mal sur une scène en son temps, toujours surprenant en permanence son monde par le bouchon qu’il donnait l’impression de pousser tout le temps aussi loin que possible !

En ce temps là, les bourgeois, vrais ou faux, méprisaient complètement le tambour Bèlè et ceux qui le pratiquaient. Il en fallait du cran pour leur imposer la « Biguine lélé, » mélange de biguine et de Bèlè, rythme que Frantz Charles Denis inventa à ce moment là… Ainsi, Francisco, Papito pour les intimes,  fut un pionnier dans bien des domaines. C’est lui qui, le premier, introduisit l’enseignement et la pratique des arts martiaux dans le pays. D’ailleurs, il n’est pas peu fier des hauts grades qui lui ont été décernés par  les plus grands maitres du monde. Ils ornent un mur entier de sa chambre et  lui rappellent que tout ce mal qu’il s’est donné, pour travailler, pour être, pour transmettre, est  reconnu.

Sur ce mur, cependant, il manquait une trace musicale. Car si Francisco a excellé dans tous ces domaines, c’est sur le plan musical qu’il aura sans doute le plus marqué le pays où ses œuvres sont devenues patrimoniales. Il a composé la chanson hymne des femmes martiniquaises, « Fan Matinik dou », « Enmen lavi », hymne à la vie… « Caroline », une mazurka de base dans les répertoires… ou bien encore « An ti péyi nou a », hymne à la Martinique, biguine incontournable… Par exemple.

Je sais, il faut être d’ici pour comprendre le poids du monument dont je ne peux ici que dessiner les contours. Mais sachez que lorsqu’il s’est agit pour moi de réaliser l’exposition « Belya Bèlè a », il m’a semblé évident qu’il fallait saluer cette grande figure qui avait elle aussi, participé à l’épopée du tambour et en avait tiré son inspiration et aussi bien du mépris pour son compte. La Maison du Bèlè lui a donc consacré un panneau, celui-la même dont il tient la copie entre les mains sur la photo et ci-dessous.

Francisco chéri, en ce premier jour de ta nouvelle année, puisses-tu vraiment ressentir combien on  t’aime, combien on  t’admire, et combien nous sommes fiers que tu aies choisi d’offrir ton énergie et ton talent à ton île, au lieu d’emprunter les ponts d’or que l’on t’a proposé pour t’établir à l’étranger.

Merci d’être là aujourd’hui, à nous donner tes leçons de vie !

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L’hommage de la Maison du Bèlè à Francisco

MERCI FRANCISCO !

ET LE BELE DESCEND EN VILLE…

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Francisco, de son vrai nom Frantz Charles Denis, est l’une des figures les plus marquantes de la musique martiniquaise contemporaine. Chantre de la biguine et de la mazurka, il a offert à ces rythmes parmi les plus belles compositions musicales, entrées dans le patrimoine (Caroline, Fanm Matinik dou, Enmen la vi…).

Mais le bèlè doit aussi à Francisco.

C’est lui qui, le premier, a sorti le tambou bèlè de la campagne pour l’emmener en ville et partout avec lui, et il n’hésitait pas à s’asseoir dessus et à en jouer alors même que cela était considéré comme une pratique méprisable, surtout dans son milieu d’origine. Le bèlè et tout ce qui l’entoure est en effet considéré comme bagay vié neg, l’affaire des nègres de la campagne. Mais Francisco, homme de rythme, n’est pas insensible aux battements du tambour bèlè qu’il découvre en fréquentant ti Emile à Sainte Marie. « C’est comme les battements du cœur, cela me touche et me fait vibrer » me dit-il…

A paris, il fréquentera des percussionnistes africains qui lui donneront l’amour des tambours. A son retour en Martinique, il se bat alors pour la revalorisation de notre tambour, en animant des conférences. Il organise même le premier festival du tambour à Fort de France en 1960 !

De fait, où qu’il aille, du Canada au Vénézuéla où il vit quelques temps, Francisco emmène avec lui son tambour bèlè et se distingue. D’abord il joue avec le pied gauche, ce qui est une extravagance ! Mais avec lui on n’est pas à une extravagance près, et c’est aussi pour cela qu’on aime celui qui ne prétendra jamais être un tanbouyé

Francisco va tourner avec un grand tanbouyé du sud, Ton Simon, et animer des soirées mémorables dans les grands hôtels du pays. Avec Marius Cultier (qui deviendra le plus grand pianiste de la Martinique, qu’il va découvrir très jeune et parrainer) et Jack Gil (Jacques Césaire), il va créer un style musical rythmé par le tambour bèlè, la biguine lélé !

En 1977, il va enregistrer un bèlè de sa composition, « Manmaye lévé » qui est actuellement repris dans les swaré puisque son thème est d’actualité et qu’il offre aujourd’hui à entendre à la Maison du Bèlè.

C’est avec plaisir et fierté que La Maison du Bèlè, Kay Bèlè accueille en son sein ce monument de la culture martiniquaise et lui rend ici l’hommage qu’il mérite pour avoir, de tout temps, respecté le bèlè et contribué à sa valorisation.

I.D.D.