Funérailles de Marie Alice André Jaccoulet : L’Adieu des Copines

Des roses jaunes pour Marie-Alice

Elle n’a pas voulu de veillée. Elle n’a pas souhaité recevoir l’hommage de ses confrères avocats en tenue. Elle a choisi d’être incinérée et demandé à ce qu’un mahogany soit planté sur ses cendres. Marie Alice nous a fait une sortie empreinte d’une fastueuse discrétion !

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L’église de balata était trop petite pour accueillir la foule…

Tout le monde était là, certains depuis des heures quand la dépouille de la soeur fit son entrée dans la basilique de Balata, où elle venait régulièrement se recueillir de son vivant. J’ai vu des gens aussi différents que le président du Conseil Général, le Préfêt qui a mis en place un dispositif spécial pour l’occasion, des politiciens, des avocats, des artistes, (beaucoup d’artistes), des mannequins, des marchandes, des journalistes (beaucoup de journalistes), des gens très connus, des connus et des inconnus chez qui l’on sentait la même peine.

Pour résumer la personnalité de celle à qui tout le monde venait dire adieu, je me permets de partager de mémoire, cette anecdote contée par Maître Léon Laurent Valère, dans son hommage solennel…

« Marie Alice effectua son stage d’avocate dans mon cabinet. Cette décision ne vint pas de moi, mais bien d’elle, et elle avait prié son père de m’en informer… Je pris acte de ce fait accompli avec une certaine réserve, vous vous en doutez, mais je dois dire que jamais je n’ai eu à regretter cette décision qu’elle m’obligea à prendre…« 

Tout le monde a souri. C’était bien Marie Alice, ça ! Autoritaire avec un sourire grand comme ça, prétentieuse légitimée par un talent et une capacité de travail qu’elle accomplissait avec amour et avec honneur. Non, je ne suis pas dans un délire lyrique. Et si je le suis, c’est qu’elle le mérite, la sista à qui nous venons dire « Adieu » ce mercredi matin là.

Gertrude a emmené pour toutes les copines des roses jaunes, parce que c’était celles que Marie Alice préférait. Une pour Mounia, une pour Armide, une pour Geneviève, une pour elle, une pour moi… Tout le monde s’attendait à ce que Gertrude chante, moi la première ! Marie Alice aimait tant Gertrude, qu’une photo d’elle trône encore aujourd’hui sur son bureau, à côté de celle de Mélodie, sa petite fille qui, au cours de la cérémonie, dans un message lu par son fils Joël, que l’on devine ravagé, lui promet d’écrire ce livre dont elles ont un jour parlé. Sacrée Mamie Alice ! Elle a déjà fait apparaitre l’écrivaine dans sa petite fille.

Mais Gertrude ne chantera pas. La famille ne l’a pas souhaité, comme elle a tenu à ce que toute la cérémonie soit empreinte de sobriété. Une sobriété qui, tout en correspondant à une partie de la personnalité de Marie Alice, ne la résumait cependant pas totalement. La présence de très nombreux artistes atteste de la fibre artistique de Marie Alice. Son fils est compositeur et musicien, il produit des artistes et des albums. Elle vivait entourée de beaux objets et de belles œuvres. Et elle aimait la musique. Je me souviens être allée, justement avec Gertrude et quelques autres, lui donner une aubade chez elle à l’occasion de son anniversaire. Inoubliables les larmes de Marie Alice.

Et nos larmes à nous ? Elles auraient pu couler dès le début. Car au tout début de la cérémonie, au moment précis où la dépouille fit son entrée, l’organiste joua spontannément « Debout devant la porte », juste avant que les fabuleux chœurs d’hommes de l’église n’entonnent le chant prévu pour l’occasion. Frissons…

Et  la messe se déroule… L’évêque de la Martinique a envoyé un message très affectueux. A la fin de la cérémonie, quand vint l’heure de sortir, nous sommes, Gertrude et moi, à l’étage de l’église où nous avons trouvé par chance deux places assises. Nous tenons nos roses jaunes dont nous ne savons que faire, ne sachant où les déposer. Au moment où le cortège s’est dirigé vers la sortie, l’évidence s’imposa. Une pluie de pétales jaunes voleta doucement du ciel et arrosa le cercueil à son passage. Marie Alice avait eu ses roses, notre intention, notre baiser.

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De gauche à droite, Mounia, Geneviève Moures, Imaniyé, Suzy Singa, Gertrude Seinin : Tant de bons souvenirs à partager sur Marie Alice !

Après, tout le monde s’est retrouvé sur le parvis et nous, les filles, on était bien obligées de sourire. Oui, nous avons toutes franchi le cap de la cinquantaine. Oui, nous avons toutes nos petits soucis plus ou moins préoccupants… Mais ne perdons surtout pas le sourire. Mais oui, il fut un temps où on perdait nos parents. Maintenant c’est les copines qu’on enterre, mais… sourire sourire, comme dirait notre Tatie Gizou nationale ! Haut les cœurs les fille, qu’est-ce-que c’est bien d’être ensemble !

Où est Armide ? Ah zut, elle a déjà rejoint le Club Soroptimist dont Marie Alice fut présidente et qui cottoie dans la cour d’autres groupes, d’autres corporations et organismes venus en grand nombre… Armide ne sera pas sur la photo, dommage. Vite ! Le temps passe si vite… Alors on prend la pause, on immortalise ce moment où nous sommes ensemble, pour nous souvenir de tellement de choses, et surtout des bonnes, et se dire que l’on s’aime, pendant qu’on est vivantes. Allez, tchiiiiiiiiizzz !

Tiens, Suzy Singa est là ! Elle aussi est atterrée… Marie Alice était son avocate dans la douloureuse affaire du meurtre de son fils. On était à deux doigts de tourner cette page lourde et douloureuses, de celles  que Marie Alice tournait au quotidien. Il en fallait du cœur pour vivre tout cela. Allez Suzy, tchenbé tchè et viens faire une haie d’honneur improvisée sur le parking avec nous, on a envie d’applaudir la sista qui va bientôt partir.

C’est alors que vient jusqu’à nous un frère de Marie Alice.
Je suis venu vous dire que si Marie Alice a été ce qu’elle a été, c’est aussi grâce aux gens qui l’ont aimée. Merci de l’avoir aimée…
Ah non, on ne va pas pleurer ! Déjà Mamzel Gertrude me l’a fait quand elle a craqué tout à l’heure la haut… Il avait vu la pluie de pétales, il avait reçu l’article d’hier en lien et l’avait lu… Alors ???
C’est vrai ! Elle s’est fâchée parce qu’elle a entendu quelque chose qui l’a contrariée. Il existe un enregistrement d’un appel qu’elle a effectué où elle exprime son irritation

Tout le monde l’a entendu comme moi. Je m’arrêterai là. Sur cette image où, en cette fraiche matinée de janvier, ensemble, nous fixons à jamais le temps qui passe…

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Pour fixer à jamais le temps qui passe…

5 comments on “Funérailles de Marie Alice André Jaccoulet : L’Adieu des Copines”

  1. KRN dit :

    Oh oui, toutes mes sincères condoléances, ma chère Imaniyé… De cette triste nouvelle que j’apprends tardivement (trop de travail)… Je t’embrasse très très fort! Je pense à toi…
    Ta sister

  2. imaniye dit :

    Merci les filles !

    Dotcom, je te le dis tout de suite, elle en a bavé, crois moi ! Elle a subi de la part des jaloux et des ennemis des épreuves que tu n’imagines pas… Mais c’est vrai qu’une chose est sure, c’est qu’elle faisait l’admiration de tous.

    A quel prix surmontait-elle ces épreuves ? Qui sait ce qu’elle a souffert, car c’était une femme brillante et pour ce que j’en sais une femme seule !

    Nous avons beaucoup discuté elle et moi de solitude. Elle était très entourée, cependant et tout son monde était là mercredi.

    Je suis contente d’avoir pu être à côté des copines en cette circonstance qui nous renvoie en écho nos propres vies.
    Tu me manques Dotcom… Tu ne peux pas savoir !

    Axelle, merci et bienvenue chez toi !

  3. dotcom dit :

    Condoléances ma chère Ima…Votre amie semble avoir accomplie une belle vie entourée d’amour, d’amitiés, d’affection…Que souhaiter de plus…Que la douleur s’apaise et que reste les bons moments!

  4. Axelle SR dit :

    Merci Dalila, c’est comme si nous y étions…Son père et mon père ont du l’accueillir tout là haut, c’était de bons compagnons;..je t’écris depuis Paris, c’est merveilleux ce que tu fais, merci…

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