COSTUMES TRADITIONNELS MARTINIQUAIS : Emilie Daniel, la gardienne de la Tradition

HOMMAGE A UNE FEMME D’EXCEPTION

Bienvenue Rue Emilie Daniel

Chien paka fè chat… Les chiens ne font pas des chats et Les enfants du tigre ne naissent pas sans ongles ! Créer et présenter un jour une Collection de robes me semble inévitable. N’ai-je pas grandi et toujours vécu entourée de tissus, de dentelles, de mannequins et de tenues somptueuses que l’on crée dans ma famille de mère en fille ? Ma mère, Emilie Daniel, gardienne de la tradition, m’a montré la voie en enrichissant le patrimoine avec sa créativité et ses modèles désormais indémodables. Pour avoir, durant 30 années, travaillé à ses côtés à la préparation et la réalisation de ses projets, je sais qu’on peut aller encore plus loin dans la création. Tous ces modèles défilent déjà dans ma tête. En attendant, il me plait ici de rendre hommage à la femme hors du commun qui m’a donné vie, envies et connaissance.

Emilie Daniel, Gardienne de la tradition (1916-1999)

Ce n’est pas par hasard que la ville de Fort-de-France a donné son nom à une des artères du quartier foyalais où elle vivait et où personnalités, VIP et anonymes venaient lui rendre visite et hommage. Bernadette Lafont, Lucette Micheaux Chevry, Mme Bagbo, Gertrude Seinin, Clémence Bringthtown, Mounia, beaucoup de Madame Tout le monde, toutes plus élégantes les unes que les autres, ont en commun, une robe d’Emilie Daniel.

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Emilie Daniel, 80 ans, en grand-robe traditionnelle de cérémonie
Photo : D.R

Si elle est née avec la bosse du commerce, c’est de ma grand-mère, Maman Dèdette, couturière sur une habitation, qu’Emilie surnommée Man 7 (Madame N° 7 puisqu’elle est la 7ème des enfants) hérite des dons de couturière, puis de styliste dont l’oeuvre va restaurer le patrimoine vestimentaire afro caribéen. Les costumes traditionnels martiniquais sont en effet en voie de disparition dans les années 70, lorsque celle qui s’est faite une solide réputation de couturière et de commerçante, décide de les faire sortir de l’oubli et d’y consacrer sa vie. Ce faisant, elle va effectivement relancer l’intérêt et l’engouement pour les tenues traditionnelles, qu’elle va sortir du cadre anecdotique du carnaval pour l’imposer de jour, comme de nuit, dans la vie de tous les jours, comme dans les plus grandes cérémonies, dans la garde robe des femmes modernes comme au Musée du Patrimoine.

Quand Emilie inspire Yves Saint-Laurent

Tout en habillant les reines du carnaval ou les plus illustres chanteuses, Emilie Daniel s’acquitta avec brio de ses nombreuses missions de représentation de la Martinique dans le monde avec de fantastiques présentations de costumes, où elle montrait les costumes du patrimoine qu’elle avait vu sa mère et sa grand-mère réaliser, et ses propres modèles, inspirés de la tradition dont elle avait la maîtrise totale et est devenue, au fil du temps, la spécialiste.

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Elle va ainsi être à l’origine de la mode dont s’inspirent actuellement tous les stylistes antillais, recevoir de nombreux prix et distinctions ainsi que l’hommage du plus emblématique couturier du monde. Patrick Poivre d’Arvor consacre dans les années 80 une grande émission en direct de la Martinique, dont Emilie Daniel est une des invités. Son intervention est illustrée par des images de Mounia, le mannequin vedette de Yves Saint Laurent qui porte quelques une de ses réalisations. Elle le fait évidemment de la manière sublime qui fait dire à St Laurent qu’il n’y a plus de mannequins de ce talent de nos jours. Subjugué, Yves Saint Laurent crée, à la suite de la diffusion de ces images éblouissantes, toute une collection dont Mounia sera évidemment la vedette et qu’il baptise tout simplement « La Martiniquaise ».

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Quelques unes des brochures que j’écrivais en guise de programmes aux spectacles de maman. Les recherches que j’ai du effectuer pour les réaliser m’ont donné la connaissance, le goût et la maîtrise du sujet..

C’est dire la dimension de la dame, par ailleurs mère de 13 enfants qu’elle élève seule, qui est restée durant 30 ans aux commandes de son magasin où toutes les catégories de femmes viennent s’habiller. Elle devint au fil du temps et des milliers de bobines de fil plus tard, la gardienne du patrimoine vestimentaire martiniquais. Sa réputation dépasse les frontières et elle déploie son savoir faire dans la Caraïbe, en Dominique et Sainte-Lucie, dont les gouvernements la prient de venir former des couturières en mode traditionnelle. Partout où elle enseigne ou se produit, elle réveille le goût et l’intérêt pour ces costumes extraordinaires.

Nul n’est dit-on prophète dans son pays, mais Emilie Daniel a pu, de son vivant, jouir de la reconnaissance et de l’admiration de tous. Ses obsèques, retransmises en direct à la télévision furent l’occasion d’un hommage solennel et populaire.

Ma chanson-hommage à ma Grande Dame

Mère et muse, elle adorait la musique et ma soeur, la chanteuse Régine Féline et moi-même avons comblé en partie son désir de créer un orchestre avec ses enfants, qu’elle estimait tous pourvus d’un don musical plus ou moins assumé. Régine, qui poursuit sa carrière sur scène, anime aujourd’hui en Martinique la flamme du souvenir.

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Sur cette photo, quatre générations de descendants d’Emilie entourent le maire de Fort de France, Serge Letchimy. De gauche à droite : Régine Féline, benjamine de la fratrie ; (sur la photo posés sous la plaque, on perçoit la silouhette de Abishag, sa fille) ; En robe rouge, Marie-Louise, l’aînée de la famille ; en chemise orange, Oan, fils de Gaëlle, petite fille d’Emilie par sa fille Berlande ; Imaniyé, maitresse de cérémonie de cet inoubliable évènement. Photo : Multicréarts

Disparue en 1999, Emilie est restée dans les rues de la ville, du pays, par ses robes, par son nom sur cette plaque, par le souvenir qu’elle a laissé à tous d’une personnalité brillante, d’une maitresse femme, extrêmement brillante dans son domaine et dans la vie… Toute ma vie de journaliste en Martinique, j’ai eu des scrupules à écrire sur elle, étant donné que je travaillais avec elle, je ne pouvais être juge et partie. De plus, je craignais que l’on pense que je disais du bien d’elle que parce que c’était ma mère. Et je crois que en quelque part, je l’ai privée de mes éloges qui auraient sans doute ravis son coeur de mère et son égo, ma foi, à sa mesure… Aujourd’hui, je n’ai plus honte de dire à quel point je suis fière d’elle et d’être sa fille, à qui elle a transmis sa fibre passionnément artistique.

Elle nous en aura fait vivre des moments fantastiques sur les scènes du Québec ou de Washington, de Paris ou Pointe-à-pitre, de Fort-de-France surtout, notamment à l’Atrium où je vais chanter, trois jours avant sa mort, cette chanson enregistrée en live, à l’occasion du 25ème anniversaire du Centre Martiniquais d’Actions Culturelles de la Martinique, (le Cmac). J’eus l’honneur de présenter cette manifestation qui avait prévu de lui rendre un hommage, en tant qu’artiste ayant marqué l’action culturelle de l’époque. La maladie hélas, l’empêchera d’y être ; c’est son oeuvre qui la représentera et cette chanson, adaptée du livret de « Manon au pays de Manman Dlo », une des comédies musicales que j’ai écrites pour elle.

Je remercie les mannequins qui ont contribué à cet hommage en défilant ce soir là dans les robes qu’elle avait choisies pour ce spectacle. Je remercie également Robert Bruno, le technicien du CMAC qui, en prenant l’initiative d’enregistrer ma prestation, me permit de graver cette chanson sur l’album « Libre » alors en préparation.

J’en garde un souvenir ému. Parce que c’est sans doute l’une des dernières choses que ma mère ait entendue de son vivant. Et parce que en l’interprétant, j’ai vécu quelques minutes d’une émotion rare, portée par de grandioses musiciens (José Privat au piano, Jean Marc Albicy à la basse, Denis Dantin à la batterie et et Nicol Bernard aux percussions) que je remercie une fois de plus pour la qualité et la sensibilité de leur accompagnement.

Ecoutez… Tototo Mâmâ O

A suivre…

Présentation de Costumes traditionnels martiniquais :
Photos commentées des principales tenues

Les coiffes : chapeau la Martinique !
Madras, bakouas, chaudière ou têtes kalandées… Quand les martiniquaises n’en font qu’à leur tête…

Grains d’or et colliers choux, les bijoux traditionnels
Indispensables et spectaculaires, reproduisant la nature ou les symboles de l’esclavage, toujours en or et pierres précieuses, les bijoux traditionnels, compagnons parfaits des costumes chatoyants.

Les Robes d’Emilie :
Créations et modèles d’Emilie, sa contribution significative à la tradition

10 comments on “COSTUMES TRADITIONNELS MARTINIQUAIS : Emilie Daniel, la gardienne de la Tradition”

  1. revet isabelle dit :

    vraiment tres agréable ces articles.j’ai mon chéri qui est martiniquais .alors je m’interrese a son ile.bonne continuation.isabelle

  2. lydia dit :

    bjr je suis couturière et j’aimerais bien trouvé le liver parade de l’élégance
    merci d’avance

  3. olejasz dit :

    bonsoir
    j’ai lu votre site qu’il est beau, je ne suis pas martiniquaise ,je suis une couturière .Et c’est cela qui me touche cette fièretée de votre maman.merci c’est beau

  4. Imaniyé dit :

    Merci mon ange !
    Au plaisir de te voir chez nous.
    Imaniyé

  5. Michel-Ange Lange dit :

    Bonjour Imaniye,
    Et surtout mille et mille mercis pour cet article sur la famille qui m’as permis en quelques minutes d’en savoir bien plus que papa ne m’as jamais raconter en plusieurs années, j’espère que tu va bien ainsi que tout le reste de la famille, je viens passer noël avec ma petite famille, en fait on vient voir un terrain que l’on souhaites acheter à la Dominique, alors on en profitera pour vivre un Noel bo kay, surtout que mon dernier remonte à 25 ans, oui je sais, c’est une Honte, j’aurais beaucoup de plaisir à ce que l’on se rencontre, sur ce, continue sur ta lancée, car tu fais un excellent travail.
    Bien à toi
    Ange

  6. Dany dit :

    La découverte d’une femme d’exception, et de ses traditions

    Merci pour cet article
    Dany

  7. Cher Tante Mancette,

    Grande gardienne supérieure de la tradition présidentielle , chef des chefs, tu nous manque beaucoup.

    Bonjours à toute la famille.

    signé Cécile

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