Hommes et Femmes de Martinique, parlez-vous !

Un océan de solitude…

Pilipipi wé mézami, car aujourd’hui, les hommes demandent à comprendre ce qui se passe avec les femmes dans le pays. C’est Eric Virgal qui l’a dit le soir du gala. Merci mon Dieu, il était temps ! Depuis le temps qu’on attend ça, pfffff…..

Ces temps-ci en Martinique, bruler son ex compagne est très à la mode. Dans le cas de Zaza, – et pardon, mais je n’arrive pas à m’empêcher de le penser depuis que j’ai appris la nouvelle – Dieu merci, il ne nous l’a pas tuée. Mais d’autres femmes ont eu moins de chance, comme je vous le disais ici...

En Martinique donc, c’est un choc de voir certains en arriver là. Ces drames en série ont considérablement heurté la conscience collective et, ce qui n’arrivait jamais auparavant, de plus en plus d’hommes expriment ouvertement leur incompréhension, leur désarroi dans une situation où ils ont l’impression de nager complètement.

Ceci, Eric Virgal me le montre quand, pour le gala pour Zaza, il réécrit les paroles d’un sublime morceau composé à l’origine pour Nelson Mandéla, pour qu’elles collent à l’occasion et à l’arrivée, cela donne cela :

« Que nous est-il arrivé ? Comment, des gens qui s’aimaient autant, ont-ils pu en arriver là ? Aide moi à comprendre ce qui s’est passé ? Apprend moi à t’aimer, à te comprendre. Tu vas sans doute trop vite pour moi ?… » J’écoute le texte d’Eric et je suis sonnée… Un homme qui pose ces questions là ? Voila qui est intéressant… Et nouveau !

De fait, nous avons discuté, et il nous semble bien que les hommes et les femmes de ce pays vivent dans une incompréhension totale, ignorent tout l’un de l’autre. Normal, ils ne se parlent pas, ne se disent rien ou si peu, trop peu en tout cas… Ce lourd silence installé depuis si longtemps, a fini par devenir le décor. Mais ce que les gens ne disent pas, leurs actes le disent et la façon dont certains l’ont dit ces temps derniers en tuant, et brulant leurs ex compagne est un signe que vraiment, là, rien ne va plus !

Christian Lara me disait un jour avoir réalisé que trois choses ont fondamentalement changé la vie des femmes martiniquaises : la pilule, la paye et le permis de conduire. Trois « p » qui m’aidèrent à comprendre pourquoi nous étions si différents, hommes et femmes de ma génération.

Si nous sommes si différents, c’est à coup sûr parce que nous, femmes ayant entre 50 et 20 ans, nous avons vécu cette révolution là qui nous libérait de toutes les contraintes qui faisaient de nos mères des femmes soumises au bon vouloir d’un homme. Et  les mêmes mères qui nous ont élevées à être des superwomen complètement indépendantes, ont élevé nos frères comme leurs pères et leurs maris l’avaient été. Comme des coq de basse cour qui, le moment venu, allait courir les poules qui n’avaient qu’à bien se tenir !

Que voulez vous que des femmes comme nous puissent attendre d’hommes comme leur père ? Comment les hommes pouvaient-ils s’y prendre pour satisfaire le profond machisme que leur éducation avait ancré en eux ? Les hommes, tout à coup, n’ont plus eu le mode d’emploi de femmes parfaitement déroutantes.

Plutôt crever seul que s’avouer qu’on n’y connait rien. C’était ce qui prévalait jusqu’à présent, me semble-t-il. Et puis j’ai entendu, depuis mon retour, des hommes parler de ça. Certains en ont spontannément parlé entre eux, et Eric est venu sur la scène pour le dire, comme un aveu et surtout comme un formidable cri de détresse qui pourrait se résumer en deux mots « Apprenez nous » !

Faut-il aussi décrêter des Etats généraux du couple en Martinique pour qu’ils et elles se décident à ouvrir la bouche et le coeur, pour se dire, s’entendre, s’expliquer, se comprendre, enfin !! Ce qui n’a jamais été entrepris dans la courte histoire du peuple. A quel moment auraient-ils pu avoir le loisir de le faire ? Mais s’ils ne le font pas, on est condamnés à vivre les uns à côté des autres, mais pas les uns avec les autres, dans ce qui est bien, me semble-t-il, un océan de solitude…

O pawol, libère toi ! Libère nous…