Imaniyé, qu’est ce que ça veut dire ?

Lettre à Françoise

Je me suis appelée Dalila Daniel jusqu’en 1998, date à laquelle je choisis de m’appeler Imaniyé : Celle qui a la Foi…Imaniyé Dalila

Lettre à Françoise, ma tite manman zorèye

J’ai une tite manman zorey, blanche et blonde française, épouse de mon cousin Michel que j’apprécie suffisamment pour lui avoir demandé de parrainer Dennis, mon fils, rebaptisé depuis Munyahni.

D’ailleurs, elle était là le jour du baptême chrétien de Mun, (J’étais chrétienne à l’époque, et aujourd’hui, je ne le suis plus du tout, mais alors pas du tout… Nous y reviendrons.) et c’est même elle qui l’a préparé pour moi ce matin là, c’est vous dire. Elle s’appelle Françoise et elle est formidable. Je l’ai connu quand mon cousin, né et élevé en France, s’est rapproché de la famille martiniquaise. Et lorsque je suis partie faire mes études supérieures en France, c’est à Michel et elle que ma mère me confia.
J’ai fêté mes 20 ans chez eux à Paris qui, le même jour, fêtaient leur anniversaire de Mariage. Leurs enfants, Gilles et Cécile, sont plus des soeur et frère que des petits cousins. Enfin Françoise a
sur moi bien des droits. Surtout celui de me dire ce qu’elle pense de moi, ce qu’elle ne s’est jamais privé de faire. J’ai toujours pris le temps de parler avec elle, car je savais, je sentais qu’elle m’aimait sincèrement et c’est ainsi qu’elle est devenue ma tite mère zorey, comme on appelle les blancs en Martinique.
Ma tite maman zorey donc un jour m’a longuement écrit, pour me dire très franchement ce qu’elle pensait de moi, de ma vie, de mes choix ou du moins de ce que je lui en avais dit et montré. Et pour me demander des explications sur ma démarche qu’elle trouvait en contradiction parfois avec mes discours de jeune étudiante puis de jeune femme que j’avais pu lui tenir. Parce que je l’aimais, parce que je voyais dans son opinion la preuve de son honnêteté et de son amour pour moi, je pris tout mon temps pour lui répondre.
Cette correspondance m’a permis de m’expliquer sur des sujets les plus variés, comme la polygamie à laquelle je suis très favorable, et que j’ai pratiqué avec Seku lorsque j’étais marié avec lui, mon rapport avec mes ancêtres blancs par rapport à mon choix de l’Afrique, mon rapport avec la spiritualité africaine, mon identité africaine, la repentance, la mémoire, la réparation… Et aussi mon changement de nom.
Je suis tombée sur ce document aujourd’hui. J’ai décidé d’en publier certains passages, qui résument assez bien ma pensée sur certains de ces sujets liés à mon retour en Afrique. Voici pour commencer ce que je lui dis quant elle m’interpelle sur mon changement de nom. Pour elle, je suis et resterai toujours Dalila Daniel. Voici ce que je lui ai expliqué alors, en espérant qu’elle comprendrait…

Lettre à Françoise, Première partie

« Imaniyé ? Qu’est-ce-que ça veut dire, Dalila ? »

Dakar, le 29 mai 2006
Ma chère maman « z’oreille »

 Ta lettre est déchirante. Emouvante, percutante et vraie. Tu n’y es pas allée de main morte, sans doute parce que tu sais que j’aime ça, la sincérité et la vérité, c’est ce vers quoi je cours depuis que ma vie a pris un virage décisif lié à ma rencontre avec Dieu. Mais je brûle les étapes là, alors, si tu le veux bien, nous allons commencer par le commencement, et y aller pas à pas, car il est très important pour moi que vous, Michel et toi, me compreniez parfaitement, même si vous n’êtes pas d’accord avec moi.
Avant toute chose, permet moi de vous remercier pour cet amour que vous avez toujours témoigné à mon égard, depuis le premier jour, et qui ne s’est jamais démenti. Je sais tout ce que je vous dois, et ce que je te dois, à toi particulièrement Françoise, ce que je n’oublierai jamais et qui a contribué à faire de moi de ce que je suis aujourd’hui. C’est en effet grâce aux sacrifices de maman et à votre dévouement que je peux me permettre aujourd’hui, de vouloir vivre en sorte que le mot « liberté » ne soit pas une coquille vide, un idéal inaccessible, une source d’inspiration poétique sans terrain d’application. Car c’est de cela que ma vie parle aujourd’hui, de l’exercice de la liberté.

Mais suivons ta pensée. Tu écris :

 « J’ai toujours pensé que tes rebellions, ta vie durant, tu les mènerais sur tous les sujets. Tu t’es battue pour garder le nom de DANIEL, tu t’es battue pour que Dennis s’appelle DANIEL (1), tu t’es battue pour que le prénom de baptême de Dennis soit bien Dennis (2). Tu t’es battue contre tes préjugés et tu aimes une blanche « ta z’oreille »… Aurais-tu abandonné tous tes combats puisque ni Dennis ni toi ne portez plus ces noms pour lesquels tu t’es tant battue ? Il y a plus de 43 ans que je m’appelle DANIEL et j’en suis toujours aussi fière, à tel point que lorsque l’on me le demande afin que personne ne fasse de faute d’orthographe à ce nom que j’honore tant je l’épelle D A N I E L et j’ajoute comme le prénom masculin pour être sûre qu’étant une femme on ne m’y rajoute pas un deuxième L et un E. »

Ma chérie, pour tous ceux qui n’accepterons pas mes choix, je suis et je resterai toujours Dalila Daniel. Je crois avoir fait plutôt honneur à ce nom, dont on dit généralement en Martinique, qu’il est synonyme de travail plutôt bien fait. J’ai travaillé dur pour le faire connaitre dans cet esprit et, non, rien de rien, je ne regrette rien, et surtout pas d’être née au sein de cette famille dont je suis très fière. Mon changement de nom n’est donc pas un reniement. Loin de là. Pour mieux te faire comprendre, je vais te donner un exemple concret. Tu vois « Tante Sœur », ainsi qu’on appelait la grande soeur de maman et de ton beau-père, elle s’est appellée Cécile Daniel, jusqu’au jour où elle a « épousé » Dieu en se faisant religieuse. Ce jour là, elle a pris un nom nouveau, symbolisant la nouvelle personne qu’elle devenait, et a choisi de répondre au nom de « Sœur Françoise de l’Enfant Jésus ». Sans renier ni ses origines, ni sa famille. Moi, c’est la même chose. Un jour, j’ai épousé un homme, et j’ai épousé sa cause, non pas à cause de lui, mais à cause de la foi que j’ai dans ces convictions qui nous unissent. Je suis devenue une personne « nouvelle », cheminant sur une voie nouvelle, avec un nouvel idéal, renonçant à tout ce qui avait fait mon soi-disant bonheur auparavant.
Alors j’ai choisi de porter ce nom qui dit ce qu’il dit, IMANIYE. Il vient du mot « imani », mot égyptien qui est resté dans le swahili avec son sens originel : La foi (d’où les mots « »Amen » et « Amin ») et l’expression « I yé » qui, en langue créole signifie « elle est ». Mon nom signifie donc « Elle est la Foi » ou comme j’aime à le traduire, « celle qui a la foi ».

MUNYAHNI, vient du mot « Mun » ou Moune, mot également égyptien pharaonique qui, comme en créole signifie « personne » ; Yah est le nom de Dieu dans la bible et Ni, également égyptien pharaonique, même sens en créole, signifie « avoir ». Ton filleul s’appelle donc aujourd’hui « Celui que Dieu a » en même temps que « Celui qui a Dieu ».

Ces nouveaux noms n’enlèvent rien à notre histoire, ni à notre personnalité. Mais ils nous permettent de nous souvenir que nous avons fait un choix spirituel. Ah oui, ce n’est pas son choix, c’est le mien, d’accord. Mais n’est-il pas normal que les parents entraînent leurs enfants dans les choix qu’ils font pour eux parce qu’ils les croient justes ? Le baptême chrétien de Dennis n’était pas son choix, mais le mien. L’école qu’il a suivie depuis l’âge de 2 ans, n’était pas son choix, mais le mien. Ses parrains et marraines auxquels il est lié pour la vie et qui sont responsables de lui qu’il le veuille ou non, ne sont pas son choix, mais le mien. Et s’il joue aujourd’hui de la guitare et des percussions, s’il connait aussi bien Mozart que Eugène Mona ou 2pac , c’est encore mon choix et pas le sien. Je sais qu’un jour viendra, où il rejettera tout en bloc. Et il puisera le savoir dans sa propre expérience de la vie. Mais je sais aussi qu’au fond, il restera des choses qui ressurgiront en temps utile, pour le maintenir en équilibre et qu’il aura plaisir et besoin de transmettre ces choses à ces enfants. A cela, si Dieu me prête vie, je saurai si j’ai ou non réussi.

FIN DE L’extrait, signé
Imaniyé qui reste Dalila pour tous ceux qui l’aiment…

(1) : Daniel est le nom de famille de ma mère. Née enfant illégitime, j’ai été reconnue par le mariage de mes parents et me suis vue attribuer le nom de Hardy-Dessources à plus de 34 ans. Pour des raisons évidentes, notamment professionnelles, J’ai demandé et obtenu de conserver le patronyme maternel et de le transmettre à mon fils.
(2) : le jour du bâptème, j’ai eu affaire à un prêtre pressé qui a bâclé plus de 25 baptêmes en même temps. En s’adressant à mon fils auquel j’avais décidé de donner le prénom usuel de Dennis, il l’appela « Christophe », du nom de son voisin. Quant je lui en fis la remarque, il me rétorqua « Il fallait le dire avant » et continua sa parodie de sacrement sans plus s’occuper de moi. Je sortis de là bouleversée, ne sachant plus comment appeler l’enfant ? Son nom était-il celui que je lui avais donné ou celui que ce prêtre avait prononcé en le baptisant ? Je fus ulcérée du comportement de ce prêtre qui avait bousillé la cérémonie que j’avais préparée avec toute la ferveur de ma foi… Je ne pus en rester là. Je lui écrivis une lettre de protestation et écrivis également à l’évêque de la Martinique pour lui demander un entretien, afin qu’il m’éclaire sur mon dillemne. J’ai fini par obtenir ce rendez-vous et fus satisfaite de l’entretien que j’eus avec lui sur cette question, où il était clairement d’accord avec moi que c’était bien Dennis qui avait été baptisé. Aujourd’hui que j’ai abandonné la religion catholique, tout cela me semble bien comique. Mais sur le moment, j’y croyais et c’est pourquoi Françoise, témoin des faits et des suites, dit que je me suis battue pour garder le nom auquel je renonçai au nom de l’Afrique.
Idd

One comment on “Imaniyé, qu’est ce que ça veut dire ?”

  1. marceline dit :

    felicitation pour toute la chaleur positive que vous dégagez .je revoie à travers toi ma grande soeur quiest si loin et si presen meme temps pour tout merci

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