Incroyable : Les musiciens martiniquais, une foi intacte !

Tellement beau à voir

Je pensais les retrouver l’arme à terre, larmes aux yeux, épuisés après tant de coups d’épée dans l’eau. Kisa ? Pièsss* ! Quoique sur la paille, les musiciens et professionnels de la musique sont en pleine forme. Messieurs, fiche que c’est beau à voir !
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C’était mardi 2 février 2010 à l’Atrium, la rencontre  débat sur la mort du disque et ses conséquences en Martinique, aux côtés de Christian Boutant de la Sacem, et de Marilène Mauriello et Claude Cabit, deux générations de producteurs professionnels du pays.

Oui, très belle à voir l’endurance d’un Christian Boutant ! C’est lui, le très impliqué directeur de la délégation martiniquaise de la Sacem, qui a pris l’initiative de cette rencontre entre politiques, producteurs, médias et musiciens, pour discuter et réfléchir sur la fin annoncée du disque. Le CD qui lui a ravi la vedette et s’est imposé en masse ne se vend plus. La chute est catastrophique partout, en France et en Martinique où on est loin des 100 cd que la commission d’identification des œuvres de la sacem examinait chaque année pour sélectionner les nominés aux mythiques Prix Sacem.

Cette manifestation inventée par Christian Boutant il y a 20 ans, est une institution qui a déjà valu à son auteur autant de louanges et de reconnaissance, que de critiques et  de pawol initil**. Moi même, j’ai déjà dit plusieurs fois à Christian Boutant de laisser tomber, mais non, il est là, in-tact de volonté, de courage, de détermination ; il est dans l’action et dans l’urgence et quand il me contacte pour être la modératrice de cette rencontre, je retombe à pieds joints dans le panneau, emportée par sa fougue ailleurs qu’à mes priorités et autres urgences. Ouais, bravo Christian !

Belle à constater cette mobilisation en ce mardi soir où de nombreux artistes sont là, avec les journalistes, les étudiants et les curieux. Parmi eux, José Versol, Sully Cally, Eric Virgal, Alain Marlin, Michel Linérol, Luc Labonne, auto producteurs forcés  ou bien encore Jocelyne Béroard, ou Jean Michel Cabrimol sur l’intervention de laquelle nous reviendrons bientôt, car il a parlé de l’élément essentiel à la survie du milieu, l’amour !

Belle à voir la précision de tous sur la situation, les attentes, les besoins… Beau à les voir se lever, prendre la parole et vider leurs tripes dans le peu de temps qu’il leur était accordé, exhiber au grand jour  leur amertume, leur impression de n’être pas soutenus comme il l’aurait fallu ! Mais aussi et c’est ça qui est incroyable, (parce que la passion, nos artistes, c’est bien connu, ca connait !), incroyable donc cette foi, cette ferveur, ces appels à la fédération des expériences, des idées, des moyens… Incroyable cette capacité durant cette réunion de proposer des solutions concrètes avec une énergie qui me laisse pantoise ! Wacha me dis-je, yo pa pèd fwa… Et l’espoir renait.

Ainsi, les revoilà mes frères, mes amies, plus vivants, plus vibrants que jamais. Wahou, je suis impressionnée… Quelle énergie, quel bonheur ! Et mon découragement que je croyais partagé en a pris un sacré coup, ce qui n’est pas pour me déplaire.
[Not a valid template]Le débat animé par des artistes militants, concernés, impliqués et responsables a été passionnant du début à la fin. Sur la photo on reconnait quelques uns de ses animateurs, et au premier plan, Maître Marcelline, seule politique présente.

Beaux à voir la présence, le courage des producteurs non artistes eux mêmes, comme Alfred Défontis (Gammes Productions, c’est lui qui a co-produit mon album « Libre »), Claude Cabit (Chabine Prod) ou Marilène Mauriello (Hibiscus Records) qui ont  exposé très clairement la situation du disque, permettant de comprendre les enjeux liés à sa survie. Tandis qu’elle décrivait les raisons pour lesquelles l’entreprise du regretté Jean Michel était passée de plusieurs magasins et de 20 employés à une boutique n’employant plus que 2 personnes, nous avions tous en mémoire l’époque de son beau studio où nous sommes tous passés et qui n’existe plus.

Que vaut tout ça si il n’y a pas une véritable volonté politique de faire évoluer les choses à partir du moment où les compétences et les moyens des professionnels s’arrêtent ? C’est le plus gros problème de ce pays, que de ne pas savoir capitaliser ce qu’il a de plus original, de plus authentique et de plus « touchant » dans tous les sens du terme, sa culture. Les participants n’ont pas manqué de déplorer avec un certain fatalisme l’absence totale des politiques dans un débat si important, qui concerne tout un pan de l’économie du pays.

C’est pour cela que la présence, la réaction, les propos, les idées et propositions de la seule politique qui avait fait le déplacement ont été particulièrement beaux à découvrir. Oui, elle était belle à voir Maître Marcelline, élue en charge de la Culture de la Ville de Fort de France. Je découvre politique celle que j’ai connue avocate, brillante au demeurant qui, aux côtés de ses copines et collègues Marie Alice André Jaccoulet (dont je vous ai parlé ici et aussi là…) et Mme  Riroual animaient leur initiative, un journal du Palais !

Je la retrouve elle aussi inchangée, toujours aussi belle, dans ses manières discrètes et distinguées, ayant une telle intelligence immédiate de la situation qu’elle découvrait que je me suis mise à penser que ce sont des politiques comme ça dont les artistes ont besoin comme partenaires pour avancer ! D’ailleurs, c’est sur le champ qu’elle a fait des propositions très intéressantes dans les domaines qui relèvent de sa compétence, notamment le soutien du Sermac aux initiatives collectives qui seront entreprises. Avec une personne comme celle là à sa tête, le Sermac créé par  Aimé Césaire a des chances de connaitre sans doute un  nouveau souffle !

Messieurs, que d’émotions ! Je suis ressortie de là assez sonnée, il faut bien le dire, mais par des cloches bien agréables, qui continuent dans mon cœur et désormais pour vous ici même, de tinter… C’est bon pour le moral !

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* Kissa piess : Quoi ? Pas du tout !
* Pawol initi : Paroles inutiles, propos plutôt mensongers et/ou malveillants
* yo pa pèd fwa : Ils n’ont pas « perdu la foi » dans le sens qu’ils ne se sont pas découragés