Jeudi 26 juin : Césaire for ever

Jeudi 26 juin 2008 : Césaire aurait eu 95 ans aujourd’hui !
Plus que jamais, il me parait être un homme qui a vaincu le temps.
Ce temps qu’il savait prendre et qu’il sut si bien donner aux autres…

Césaire, Régine, Moon et moi…
Aimé Césaire recevait tout le monde, avec une très grande simplicité,
et il prenait toujours le temps d’échanger avec les plus hautes personnalités
comme avec les plus humbles.
Ici, Munyahni, Régine et moi, sous le charme, lors d’une visite en mai 2004.

Tous ceux qui assistèrent aux festivités de son 94ème anniversaire célébré en grandes pompes le 26 juin 2007 à Fort de France, se sont sentis obligés d’être là. Tous se demandaient si Césaire atteindrait cet anniversaire 2008. Il était tellement fatigué, cela se voyait. L’âge, jour après jour, gagnait son terrain même si l’esprit toujours vif, toujours fulgurant faisait bonne figure.

On ne pouvait évidemment être sur de rien, regardez Aliker ! 100 ans passés et toujours djok, vaillant, solide comme un roc ! Mais enfin… Les deux hommes ne réagissaient visiblement pas pareillement au temps qui passe. Césaire semblait tellement plus fragile, compte tenu de son état de santé. Alors pour cet anniversaire qui serait peut être le dernier, on lui rendit un vibrant hommage. Le Sénégal fit généreusement et respectueusement les choses : envoi d’une forte délégation de politiques, d’artistes, de personnalités culturelles de haut niveau, dont le patron du festival mondial des arts nègres dont Césaire avait accepté d’être le parrain.

Ceux qui avaient pressenti sa fin ont eu raison puisque aujourd’hui, c’est en esprit qu’Aimé Césaire assiste aux hommages qui lui sont rendus cette fois, et pour la première fois, à titre posthume. Tout le monde a vu comment il est entré dans l’éternité, porté par une foule en délire, au comble de la fierté d’avoir été au centre du cœur et des préoccupations d’un tel homme. Une foule au comble du désarroi aussi, après un cyclone qui a épluché la terre et emporté les maisons, un tremblement de terre qui a brisé la quiétude ambiante et un immeuble du centre ville, et maintenant ce départ, cette absence, ce trou que la mort d’Aimé Césaire creuse encore plus profond dans l’âme…

Avec lui, c’est la conscience de tout le peuple qui n’était jamais loin. Tant que Césaire était là, on pouvait toujours discuter, se laisser convaincre ou convaincre de ses vues, on pouvait voir venir, il était là comme un bouclier protecteur qui freinait la dilution de nous-mêmes dans des mœurs étranges et étrangères.

Maintenant, les gens se sentent comme livrés à eux-mêmes et, comme dirait Césaire, ‘ »l’heure de nous-même a sonné. » Et Régine me dit qu’il y a quelque chose de changé dans les rapports entre eux, depuis ces trois évènements funestes. Elle dit que c’est mieux, plus chaleureux, plus vrai, plus intense. C’est déjà ça, comme si en partant, le vieux nous faisait un ultime cadeau : nous retrouver en tchè koko (dans le cœur) comme on dit. Dans la douleur, certes, mais ensemble, main dans la main, tchè dan tchè, textuellement, le coeur dans le coeur …

Tchè, le cœur… Celui de Césaire a battu pour lui et pour tous les autres, tous ces anonymes qu’il croisait et qu’il prenait le temps de saluer, d’écouter et surtout de comprendre… Oui, Il a toujours pris le temps et c’est ainsi qu’il est parti aussi. Il était encore là ce cœur battant, lorsque l’annonce de sa mort a fait le tour du monde et du web. Plusieurs jours durant, on l’a cru parti, il est resté, comme pour ne pas s’arracher trop brutalement à l’effection des siens. Pour nous préparer ? Etions nous prêts quand nous sommes retrouvés de partout unis autour de cette dépouille devant laquelle le président des français, celui qui a insulté l’Afrique, se sentit tenu de garder le silence imposé outre tombe ?

Une image qui défiera elle aussi le temps.
Bon anniversaire Papa Aimé. Aimé pour toujours.