Jeunes lycéens contre la violence : un Cortège d’émotions

De la peine, des excuses, de l’espoir…

Vous avez l’habitude de trouver ici plus d’éclats de rire et d’écho de chansons que de peine. Mais là… Je suis pas bien du tout. C’est l’émotion, excusez moi.
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La manman de Teddy :  « Je pardonne ! » J’entends « Anmwéééééé ! » (Photo : René Charles Benny)
Mézami, je ne vous le cache pas, je viens de vivre une semaine horrible. Et cette confidence, je la voudrais exorcisme parce que pas question de trainer ça ! En effet, depuis la fin tragique de Teddy, je vis dans une angoisse qui va en grandissant. Angoisse de mère que j’ai déjà évoqué la semaine dernière. Celle de perdre à tout moment et sous les prétextes les plus futiles ce que j’ai de plus cher au monde, le centre de ma vie, sa raison même, mon enfant ! Depuis ce drame et après avoir tenté de faire quelque chose à travers l’Appel pour les Assises de la jeunesse martiniquaise, s’ajoutent maintenant celle de me demander comment des parents qui aiment leurs enfants peuvent continuer à vivre tranquillement en sachant que ce petit garçon aurait pu être leur fils  et sans se demander ce que sera le monde dans lequel leur petit fils vivra si cela continue comme ça.

A la marche blanche des enfants mercredi dernier, j’ai croisé une quinzaine de parents en queue de cortège, surtout des mères qui bien que paraissant pour certaines un peu égarées, sont venues là comme moi pour  être en un tel moment aux côtés de leurs enfants. Il y avait aussi cette mère au feeling déchirant, portant sur la poitrine l’effigie de son fils assassiné lui aussi il y a quelques mois pour rien. Elle est là, avec le deuil qu’elle n’arrive pas à faire, sa pancarte où elle loue Dieu et sa douleur qui vous laisse sans voix.  Je suis traumatisée par sa souffrance et me demande : qui fait quelque chose pour aider ces gens là, de plus en plus nombreux à vivre un drame pareil ? Une armée de psychologue devrait être à pied d’œuvre pour assister ces nombreuses victimes collatérales forcées de vivre avec !

J’aurai du faire des photos, j’avais mon appareil, et là tout de suite, je me mords les doigts de n’y avoir même pas pensé. Je n’avais en tête que la question de pouvoir trouver comment faire pour répondre à ce sos que les enfants lançaient si dignement, si remarquablement organisés pour se retrouver, de tous les lycées de l’île, rassemblés dans un cortège de 2000 selon la presse, au moins 3000 selon moi. Leur slogan : « Nou palé kouto, nou palé fizi » « Lanmou, respé, solidarité, fraternité ! » Mais mon dieu c’est merveilleux d’entendre nos enfants yéler ça ! Les parents qui ne sont pas venus alors qu’il le pouvaient ont perdu là une magnifique occasion d’être fiers de leurs enfants. Et d’avoir envie de leur répondre…

Ce qui fait la différence peut être entre cette femme qui a perdu son fils et qui prie pour les autres et ces parents qui ne prennent même pas la peine de vous répondre quand vous leur dites : « parlons avec nos enfants, impliquons nous dans la recherche de solution qui ne doit pas être seulement l’affaire de l’état, et de nos politiques. » et que cela ne touche pas, la différence ma foi, n’est ce pas l’émotion… Ce qui déchire les uns n’affecte pas les autres, c’est silon comme on dit ici… Et n’est ce pas lorsque l’on se sent poussé, emporté par l’émotion qu’on se lève comme un seul homme ?

Et durant cette marche où la jeunesse majoritairement se lève, l’émotion, est là, à couper au couteau, qui étreint tout le monde pendant que le cortège se déploie encadré par un service d’ordre impeccable, une chaine de filles et de garçons chargés de la protection de leurs camarades, exactement ce que l’on souhaite les voir vivre ! Ils ont montré durant la marche qu’ils étaient parfaitement et naturellement capables de cultiver des valeurs contraires à  celles qui ont conduit à la mort de Teddy dont il ne reste plus qu’une plaque apposé ce jour sur le mur du lycée et des parents déchirés, dont une petite fille dont la mine vous dit « Mais qu’est ce qui se passe ? Qu’est ce qu’on fait là ? »

Pauvre petite fille, pauvre mère qui crie « Je pardonne ! Je pardonne ! » et moi j’entends « Anméééééé ! », pauvres enfants qui viennent déposer des fleurs au pied du mur où Teddy est tombé, avec on le devine, une peur intense au ventre que demain, peut être, leur tour ne vienne. Pour un regard, un geste, une gorgée d’eau…

Alors les larmes coulent, silencieusement comme celles de Gertrude Seinin qui a mis des baskets pour m’accompagner et me soutenir face à la peur, cette saleté d’émotion qui vous cloue au mur et vous fait avoir besoin d’une béquille, qu’un bras comme le sien vous enlace et vous soutienne. Tel le bras que Catherine Conconne,  première vice présidente du Conseil Régional de la Martinique, passe autour de la taille de la manman de Teddy sur la photo dans France Antilles. Encore une femme d’émotions qui se laisse apparemment volontiers par elles emporter, comme moi même ! D’ailleurs nos émotions vont se croiser au début de la marche…

On m’a dit que des personnalités politiques avaient pris la tête de la marche, se plaçant devant la famille de Teddy à qui les jeunes organisateurs avaient réservé le rôle de porter la banderole d’ouverture. L’émotion, encore elle, m’ayant saisie, je vis là une occasion et me précipitai vers eux avec en bouche mon problème : il nous faut des assises de la jeunesse ! Ce à quoi Mme Conconne a répondu avec virulence, « Nous avons assez parlé, il faut maintenant se mettre debout ». Je répondis qu’il y a plus de 10 ans, lorsqu’on a tué le fils de Philippe Burdy pour un vélomoteur, nous marchions déjà dans les rues, de Trenelle au centre ville, pour dire ce même slogan : Plus jamais ça. Depuis, nous marchons toujours en comptant les morts. Il nous en faut décidément plus !

Heu… Je pense que j’ai du dire le tout sur un ton qui va avec  l’intensité de l’émotion en question, vous voyez ?… Pas cool dans une manif contre la violence et je voudrais ici m’excuser auprès de ces gens que j’ai sans doute agressés. J’aurai du exprimer les choses ailleurs et autrement à M. Saint Louis Augustin, maire de Fort de France, un homme si courtois ! Au maire de Schoelcher que j’ai reconnu dans le lot , à Mme Conconne et à tous les autres, vous tous excusez moi mesésédam, c’était l’émotion !

Ah, je me sens mieux tout à coup. C’est, en plus d’avoir dit ça, de revivre  la marche et revoir tous les comportements remarquables dont les enfants ont fait la preuve, depuis celui qui en manche longue-cravate  va et vient entre les groupes, à celle dont le jean descend bien bas mais qui coche avec beaucoup de rigueur les lycées dans l’ordre d’arrivée, jusqu’à celui qui a, gentiment lui, a expliqué au politiques qu’il fallait remettre leur place aux parents, tous ces enfants mains dans la main sur des kilomètres sous le soleil, d’y repenser, je me sens mieux. Avec eux, je suis sure qu’on peut travailler.

Il n’y a plus qu’à s’en remettre à eux ! Ne sait-on pas qu’ils sont l’avenir ? Ils nous le diront…

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Laissez moi vous dire… Les Assises ?
On n’a besoin de permission de personne…

Depuis cette marche, d’autres bagarres ont éclaté dans et devant les écoles, dont les protagonistes ont usé d’armes pouvant entrainer la mort. Quelques jours donc après avoir clamé « Plus jamais ça », les enfants sont toujours confrontés à la situation. Nous devons les aider, et plus que jamais les accompagner dans la recherche de solutions.

Mais… Pourquoi attendre l’organisation des Assises qui mettront du temps à se mettre en place ? Etant donné que les assises, c’est nous, et étant donné l’urgence d’agir, on n’a qu’à commencer…

Un groupe fermé a été créé sur facebook auquel vous pouvez demander d’adhérer si vous pensez comme nous qu’on se doit d’agir. Les membres seront tenus informés de l’actualité du mouvement né de notre volonté de parents de protéger  nos enfants. Chercher « tchenbétchè.manmay » (groupe fermé) et « Appel pour les assises de la jeunesse en Martinique : Stop à la violence »

De même, considérant qu’il n’y ait aucun sujet qui puisse être, de nos jours, plus important que la vie et la sécurité de mon enfant, de ces enfants, ce blog sera dédié à cette cause et vous aussi, pourrez suivre les actions mises en place.

Continuez de faire signer l’Appel pour les Assises de la jeunesse martiniquaise que vous retrouverez à partir de maintenant dans la colonne de droite, en permanence et rejoignez nous dans ce combat qui semble impossible, mais n’est ce pas toujours pour protéger les siens que l’on fait et que l’on gagne les guerres ?