Jocelyne Béroard, à coeur ouvert… Entretien avec une Diva

La Martinique, l’Afrique, sa vie, sa musique, ses secrets…

Dans deux semaines, elle va allumer le feu avec le reste de la bande, pour célébrer avec éclat les 30 ans de Kassav. On croit tout savoir sur elle…. Rien n’est moins sur ! Jocelyne a en effet des talents cachés qu’elle nous révèle ici, où elle s’épanche sur sa carrière solo, l’Afrique, Dakar, le bonheur et son cœur, encore à ce jour esseulé…

Jocelyne sans Kassav, telle que vous ne l’avez jamais vue…


Salle Robert Loyson en Guadeloupe, Jocelyne chante du gwo ka avec le groupe Kkoustik. Stouk !

Tu ne cesses de le répéter à ton public africain qui lui, s’attarde dans sa conviction : non, tu n’es pas la femme de Jacob Desvarieux…

Et c’est vrai ! Je ne suis pas sa femme et je ne l’ai jamais été. Nous avons un principe : nous ne mélangeons pas les choses. De collègues-copains-musiciens, ils sont devenus mes frères. J’ai sans doute passé plus de temps auprès d’eux qu’auprès de mes propres frères. Je suis leur sœur tout simplement et c’est très bien comme ça !

Tu vis en Martinique. Y trouves-tu ton compte ?

Ma famille m’a manqué énormément toutes ces années où j’étais basée à Paris. Mon père s’éteignait doucement, il me fallait rentrer et profiter de ses dernières années. J’avais déjà perdu ma mère sans en avoir profité pleinement. Aujourd’hui, je prends le temps de retrouver mes racines, redécouvrir mon petit bout de terre et tâche de participer à la vie du pays.

Quel est ton rapport personnel à l’Afrique ?

Bien entendu, un rapport d’amour serein. Heureuse de retrouver la terre des ancêtres. J’observe avec respect et ai toujours à apprendre des autres. L’Afrique me montre une certaine grâce que je ne trouve pas ailleurs.

Entretiens-tu des liens personnels avec le Sénégal ?

Je n’ai pas beaucoup d’amie, et une de mes meilleures amies, qui m’aide toujours lors des concerts est Sénégalaise. Je ne parle pas le wolof alors qu’elle manie le créole de temps en temps (elle a appris avec nos chansons) et nous avons du plaisir à partager les choses de chez nous. Elle est déjà venue 3 fois avec moi au pays. Je rêve du jour où j’irai à Dakar avec elle. Je suis certaine que je vivrai mon séjour plus intensément. La plupart du temps je viens travailler, alors je suis à l’hôtel et n’ai pas vraiment eu l’occasion de « vivre le pays ». Lors de mon dernier passage au Sénégal, j’ai eu le bonheur d’être choisie comme marraine par l’école de formation de jeune footballeurs Kenza Mariste. Comme j’adore les enfants, j’ai accepté !

Le zouk est devenu la musique traditionnelle de certains pays africains, Cap vert, Guinée… Ca fait plaisir ?

e dirai une phrase de Jacob : il vaut mieux être reconnu de son vivant ! C’est du bonheur. Si notre musique plait aux autres et qu’ils se l’approprient, mais c’est tant mieux ! Qu’il la fasse grandir, évoluer, qu’elle continue à inonder le monde entier avec eux aussi.

Es tu satisfaite de l’accueil réservé à ton dernier album solo, « Madousinay » ?

J’en suis heureuse. Surtout parce que les amoureux de la langue que je chéris et dans laquelle je chante, ont dit avoir été comblés. Je l’ai pris comme un gros compliment. Je regrette simplement que la production n’ait pas mis plus de moyens pour que nous fassions des vidéos pour le promouvoir longtemps. Au contraire, au bout de 4 mois, les titres étaient déjà inclus dans des compilations. Ce qui est stupide et tue un CD rapidement. Aujourd’hui, il est impossible de le trouver sur le marché, c’est assez agaçant car les gens en profitent pour le copier alors que certains sont encore volontaires pour l’acheter.

Tu animes une émission culinaire à la télévision martiniquaise… Pour partager ta gourmandise et tes talents culinaires ou envisages tu une carrière d’animatrice télé ?

Oh non… j’ai fait ça par amusement. On m’a demandé de faire le casting et je l’ai fait par jeu. J’ai été retenue et cela m’a amusée. Je ne jurerai pas que je ne ferai jamais d’émission. J’ai une idée d’émission, toujours dans l’optique « donner de l’espoir, ouvrir une porte », mais aurai-je le temps de faire ça ? J’ai tellement de choses à faire, entre autres reprendre mes pinceaux…

Tu as un très grand talent de dessinatrice et de photographe. Que fais tu de ces talents cachés ?

Je traîne toujours avec un appareil photo. Un petit dans le sac, un gros lorsque je peux m’encombrer… Comme je viens de le dire, j’ai vraiment envie de retrouver mes crayons et pinceaux, mais il me faudra réapprendre à bouger le poignet avec grâce…

J’ai eu l’occasion de faire deux expositions de mes photos, une pour les 20 ans de Kassav avec des clichés du groupe depuis mon arrivée, plus d’une centaine de photos et une autre sur l’enfance, c’était une commande avec une quarantaine de photos. Une partie fut vendue au profit d’Enfance et Partage dont je suis la marraine. (Cette association vient en aide aux enfants ayant subi des sévices, violences).

Tu es célibataire ne veut pas forcément dire seule mais ta carrière artistique est-elle un frein à une vie de couple et de famille ?

La carrière artistique aide à trouver mais n’aide pas à conserver J surtout si on a du succès. Il faut que l’autre réussisse à dealer avec ce succès qui n’est pas le sien.

Quelle est la question que tu regrettes que l’on ne t’ai jamais posée ?

Qu’est ce qui te motive ? J’y répondrais « la justice et la connaissance»

Es tu heureuse ? Que te faudrait-il pour l’être ou l’être plus ?

Je suis heureuse. Que veut dire être plus heureuse ? Etre heureuse est un état total. Ce n’est ni l’argent ni quelqu’un d’autre qui nous le porte. Ça part du dedans…

__________________________________________________

B O N U S

Pour la voir, l’entendre, la lire, l’admirer, c’est ici : www.jocelyneberoard.com

Pour voir ses photos signées jendayee, c’est ici : www.photoblog.com/jendayee

Et puis encore ici / www.flickr.com/photos/jendayee