« Koké », le petit mot malélevé est sur toutes les lèvres…

Allons bon : Voilà que le békés ne savent plus parler créole maintenant !

SI l’on doutait que les békés fussent ce clan fermé et à part dont on a tant parlé ces temps derniers, voici de quoi lever tous les doutes. Ils sont plus de 400 à avoir porté plainte contre les créateurs d’une page facebook qui invitait à « koké ich Béké ». Pour tous ces békés là, koker égale violer !? C’est grave. Ça veut dire qu’ils ne savent même pas parler créole !?

[Not a valid template] Le baiser de Brancusi

Koké, ce mot que j’entends depuis que je suis née, a  un sens très clair. Koké c’est faire l’amour. Il n’y a, dans mon esprit de Martiniquaise d’origine, aucune équivoque possible. Et il ne me viendrait pas à l’idée de lui donner un autre sens, que ce qu’il veut dire, à aucun moment.

C’est le genre de chose qu’on dit à voix basse pour parler de l’acte sexuel, mais c’est aussi un mot que l’on hurle  pour insulter la manman de l’autre, comme on fait partout dans le monde. Aux Antilles, c’est qu’on est très fâché contre quelqu’un quand on l’envoie  « koker sa manman« , injure suprême qui, nulle part sur le planète, ne pardonne…

Pourquoi donc viens-je vous parler d’un mot aussi cru ? Parce que vous vous souvenez sans doute de l’émotion qui a terbolisé la société martiniquaise à la suite du reportage où un béké  antikamite témoignait de son mépris pour les Noirs et les Métisses. Nous en avons très largement débattu dans ces pages, en son temps. Les propos de ce béké avaient suscité des réactions multiples et de toutes sortes dans le pays, par exemple…

Le préfêt qui louait une superbe villa de ce béké en question à « Békéland » au François depuis le dernier cyclone a été obligé de déménager… Plainte a été portée contre l’auteur par le Procureur de la République… Des békés notoirement connus comme Bernard et José Hayot ont pris publiquement position pour dénoncer ces propos, ce qui est tout à leur honneur… Les produits importés par ce béké (qui serait brusquement devenu sénile d’après les siens) ont été sensiblement boycottés par les consommateurs outrés, au plus fort de la grève… Laquelle grève a été polluée par cette histoire que les média français, en pleine campagne de désinformation, ont voulu faire passer pour une crise raciale, alors que c’était une très grosse crise sociétale

Et puis, parmi les multiples sursauts qui ont agité la société et ses gens de tous bords, il y a 4 gars qui ont créé une page sur facebook, et qui se sont donnés pour nom : « Association Koké Ich Béké », ce que n’importe quel Antillais traduit naturellement par « Association pour faire l’amour aux enfants des békés » ou plus vulgairement (allez, une fois n’est pas coutume) par « Association pour baiser les enfants des békés ».

La réaction des békés fut étrange : ils en perdirent brusquement leur latin… heu… leur créole pardon et ils ont traduit « Association pour faire l’amour aux enfants des Békés »  par « Association pour VIOLER les enfants des Békés ». Et ils sont plus de 400 donc à avoir porté plainte contre Facebook et contre les auteurs de cette page, qui entretemps, avait été supprimée par ses auteurs. Et grand branlebas de combat, sitôt la plainte déposée, voilà nos 4 « amis » facebookiens mis en garde à vue par la police et interrogés. Ils sont maintenant dans l’attente de leur procès.

Ainsi, ces 4 centaines de békés ont traduit « Koké » par « violer ». Mon dieu, fiche que c’est grave. Parce que, pour moi, ça veut dire que les békés (ces Békés là, car je m’empresse de préciser que je ne mets pas tous les Békés dans un même sac) ne pensent « Koké » que comme « Violer ».

Eux dont on dit, à tord selon moi (et là encore, cela n’engage que ma logique mathémathique) qu’ils ont engrossé toutes les esclaves noires , ce qui permet à bon nombre d’Antillais d’affirmer que nous sommes tous métis, que nous avons tous autant que nous sommes un ancêtre ou des ancêtres blancs.  Une chose est sure. En leurs temps, les békés qui avaient droit de vie et de mort sur le corps de leurs esclaves ne se sont pas privés de les koker. Et ils n’étaient pas précisément en train de leur faire l’amour à l’époque, mais bien de les violer.

Il semblerait que l’histoire ne veuille pas lacher leur esprit qui interprète toujours , jusqu’à nos jours plutôt le mot  Koké, mot créé par les esclaves pour désigner l’acte sexuel, comme étant le mot signifiant un acte de violence la plus extrême, l’usage de la force pour imposer un rapport sexuel.

Tchiiiiiiiiip ! Si koké veut dire « violer », comment dit-on ko… heu « faire l’amour » en créole, s’il vous plait, alors messieurs les plaignants, vous qui parlez le même créole que nous ? A moins qu’il n’y ait aussi un « créole béké » différent du « créole nèg » tout comme il y a un accent que vous êtes les seuls à avoir dans le pays, et qui permet généralement de vous identifier à la seconde où vous ouvrez la bouche ? Cela, on ne peut pas vous l’enlever.

Je serai très curieuse de le savoir… Parce que pour nous autres, dans notre créole à nous  nèg là, nous avons un mot précis pour ça et ce n’est pas ce « fè lanmou », expression que l’on utilise pour ne pas prononcer ce petit mot jugé bien trop malélevé, qui fait tellement parler de lui depuis l’annonce de cette plainte…

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La photo de la sculpture dans son contexte :
http://reims.levillage.org/ftopic2732.php

4 comments on “« Koké », le petit mot malélevé est sur toutes les lèvres…”

  1. imaniye dit :

    hahaha ! Comme quand on disait « crise sociétale » et qu’ils l’entendaient « crise raciale » ?

  2. Fleuryval dit :

    ;-)))
    En métropole non plus on ne parle pas tous la même langue. Par exemple: « Demande d’augmentation » peut vouloir dire « Nous aurions bien besoin d’un peu plus de sous pour vivre mieux » et être entendu comme « Tentative d’extorsion aggravée par ouvriers en réunion ».

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