La petite fleur et Misié Li Roi

Aime moi comme je suis …

On est comme on est. On peut changer bien sûr, et c’est parfois nécessaire.
Mais le mieux est de se faire aimer pour ce que l’on est, comme la petite fleur de Misié Li roi.

Petite fleur
(D.R.)

Krik !
Krak !
Vous connaissez la suite…
Il était une fois, un roi qui avait tout pour être heureux. Tout, mais tout ! Des terres bien au-delà des mers, des sujets dévoués et aimants qui appréciaient son sens de la justice et sa magnanimité, des palais de marbre et de pierres extraites de ses mines, un trésor si grand qu’un seul lieu ne pouvait le contenir. Le roi avait aussi la plus parfaite épouse que l’on pouvait avoir, qui avait mis au monde une belle lignée de princes et de princesses, véritables coqueluches d’un peuple en pâmoison et mangeant à sa faim. Krik !
– Krak !

Misié Liroi,comme on l’appelait affectueusement partout dans son royaume, se demanda un jour ce qui pouvait manquer à son bonheur. Rien, conclut-il après avoir passé en revue toutes ses richesses et toutes ses possessions. Rien, si ce n’est peut être de vivre un peu plus près de…la terre ! Cette idée lui vint quand il réalisa qu’il était partout entouré de murs très hauts dont il n’avait pas besoin. Personne ne lui voulait du mal et en fait, ces murs l’empêchaient de voir la nature, dont il était, tout roi qu’il fut, un fervent admirateur. Yékrik ?
-Yékrak !

Alors, Boubia, son conseiller, qui savait toujours lui suggérer des bonnes solutions lui souffla l’idée qu’il fit mettre immédiatement en pratique : il lui fallait un grand et beau jardin, rempli de toutes les fleurs de la Création, afin qu’il les contemplât à sa guise, sans sortir de son palais, où sa cour ne pouvait se passer de lui. L’idée enchanta le roi, et une fois terminé selon son désir royal, le jardin l’enchanta encore plus ! Bientôt, c’est là qu’il passait le plus clair du temps de loisir que ses affaires et son gouvernement lui permettaient d’avoir. La Cour dort ?
– Non, la cour ne dort pas !

Ainsi donc Misié liroi coulait des jours heureux. Mais un jour arriva et il fut obligé de quitter son palais et sa capitale, pour visiter son voisin, un roi belliqueux dont il ne pouvait refuser l’invitation sans le froisser. Il dit au revoir à sa famille, à ses ministres, à son peuple, à son palais et pour finir à son jardin, à qui il consacra un long moment pour bien respirer tous les parfums vers lesquels il avait déjà envie de revenir. Après avoir fait le plein d’émotions et de senteurs, Il partit sur le dos de son cheval luisant, très heureux de sortir des écuries en argent dans lesquelles il ne s’ennuyait que trop. Krik !
– Krak !
– Yémistikrik !
– Yémistikrak !

Il ne fut absent que quelques temps, et se languit tellement de son jardin, que ce fut le premier lieu qu’il passa en revue une fois de retour parmi les siens. Et là, mésésédam, il n’en crut pas ses yeux ! Son jardin, son beau jardin, était tout desséché !! Ohhhhhhhhhhhhhh… se lamentât Misié Liroi… Il n’en croyait pas ses yeux de voir toutes les fleurs, plus ou moins fanées, au pied des arbres en pleine décrépitude. Quelle catastrophe, se dit le roi… Mais comment ? Mais pourquoi ? demanda-t-il à l’immense baobab qui gisait désormais au travers du chemin ?

Roi, mon bon roi, dit le baobab, j’ai regardé autour de moi, et j’ai bien vu que quelque soit leur saveur, jamais mes pains de singe n’auront le parfum et la suavité de la mangue. Je me suis dit que cela ne valait pas le coup de vivre dans ces conditions. Je me suis donc couché pour attendre que la terre me ravale… » Krik !
– Krak !

Misié Liroi se rendit immédiatement auprès du manguier, qu’il trouva à l’agonie, et lui demanda mais comment ? Mais pourquoi ?

J’avais des fruits juteux et parfumés qui ont fait ton régal, ô mon roi. Mais vois-tu, pendant ton absence, comme je m’ennuyais, j’ai regardé l’orchidée. J’ai vu la perfection de ses formes, la finesse de ses traits, la parfaite harmonie de ses couleurs. J’ai réalisé que jamais, au grand jamais, mes fleurs ne sauraient égaler une telle beauté. Alors ça m’a découragé. Je pense dans ces conditions que la vie n’en vaut plus la peine… » Yékrik ?
– Yékrak !

Alors misié liroi se rendit au chevet de l’orchidée, qu’il trouva en bien piteux état Et il lui demanda mais comment ? Mais pourquoi ?

Tu me demandes pourquoi ô mon roi ? Ne vois tu pas l’âge, la force, la largeur de l’ombrage, l’utilité du baobab ? Jamais comme lui, moi fleur ne saurais me faire fruit. Dans ces conditions, pourquoi vivre ? Je me suis donc décidée à me dessécher… » Yémistikrik !
– Yémistikrak !

Inutile de vous dire mésésédam que Missié Liroi était désemparé. Tout autour de lui, ce n’était que sècheresse et désolation. Il parcourut son jardin dans ses moindres recoins et s’apprêtait à regagner ses appartements la mort dans l’âme, quand son cœur ne fit qu’un bond dans sa poitrine ! Krik !
Krak !
Là, sur le chemin du retour, juste avant de quitter le jardin, il y avait une petite fleur qu’il n’avait jamais vue plus belle et plus épanouie que dans ce jardin désolé. Emerveillé, il s’arrêta et, avidement lui demanda mais pourquoi ? mais comment ?

Oh tu sais, mon bon roi, j’ai bien failli comme tout le monde me laisser déssécher au début, car moi aussi je me désolais : jamais je n’aurai la majesté du baobab qui n’a pas besoin de l’eau des hommes pour vivre… Jamais des fruits odorants et sucrés ne naitront de mes brins… Jamais je ne pourrai rivaliser en charme et en beauté avec l’orchidée la plus sauvage. Oui mon bon roi, je me suis dit que la mort était sans doute préférable à ces barrières entre mes rêves et moi. Et puis après, j’ai réfléchi… » Yé krik !
– Yékrak !

Le roi ouvrit grand ses oreilles. La plus humble de ses fleurs allait-elle lui révéler un secret qui pourrait lui être utile pour gouverner encore mieux son royaume ?

Oui, j’ai réfléchi… Et j’ai réalisé que toi, ô bon roi, le plus grand roi de l’univers, si riche, si sage et si puissant, tu avais tenu à ce que je pousse là, dans ton jardin où tu as rassemblé des merveilles inégalables. Et si tu m’avais planté, moi, à cet endroit où tu aurais pu planter autre chose, c’était que tu me voulais, moi… telle que je suis. Dès lors, pour cela mon roi je me devais d’être la plus belle possible… » Krik !
– Krak !

Misié liroi ne fit ni une, ni deux. Il commanda que l’on rase de son jardin tous les arbres, toutes les plantes et toutes les fleurs qui avaient choisi de mourir. Il les fit replanter plus loin, afin qu’ils reverdissent hors de sa vue, car il n’avait pas besoin de défaitistes autour de lui au plus fort de son règne. A leur place, dans l’immense jardin, pousse depuis lors et encore aujourd’hui, un champ de cette petite fleur dont riche ou pauvre, roi ou mandiant peut se repaître de l’éternelle beauté.
-Yé mistikrik ?
– Yé mistikrak !
– C’est pris fin.