Le livre « L’Afrique répond à Sarkozy » dérange, on dirait…

Trophées des Arts Afro Caribéens :
Sanctions contre l’Afrique de la Dignité

Voici encore un exemple de sanction contre l’Afrique de la Dignité,
voilà encore une intrusion du politique dans la culture. A son détriment…

Trophée des arts afro-caribéens
Le trophée des arts afro-caribéens : Comment taire ?

23h20, c’est l’heure à laquelle France 2 a diffusé hier soir « Les trophées des arts afro caribéens », enregistré le 23 septembre dernier au théâtre du Chatelet. Le public couche tard a donc pu voir cet évènement qui s’appelait « Les Césaire de la Musique » quand il nous fut présenté pour la première fois en 2006. J’ai entendu dire que la famille s’est opposée à l’usage du nom de Césaire dans cette manifestation.

L’année d’après, l’évènement était devenu « Les trophées de la Négritude ». Et je suppose que ça le serait sans doute toujours si France Télévision ne s’était décidé à le retransmettre. Je suppose aussi, que pour bénéficier de la diffusion « sur le plan national », il faut quelques sacrifices. Exemple : ce mot « Négritude »…Tellement chargé, pas bon pour le moral du public, je suppose…

L’appellation plus politiquement correcte de « Les trophées des arts afro caribéens » a été adoptée, afin nous dirent les organisateurs, de « rendre hommage, non seulement à l’homme, mais aussi au père fondateur de cet héritage culturel que représente la Négritude oeuvrant pour le rapprochement des cultures et le respect du développement de l’humain… ».

On s’empare du nom et de l’aura d’un homme, On s’en sert, on le supprime, on récupère son esprit, qu’on dépose à la première occasion, le tout en son honneur, quoi ! Je suis surprise quand même qu’ils tolèrent encore le mot « afro » dans l’histoire ! Et je ne serai pas étonnée si l’année prochaine, on a droit aux « Trophées des arts caribéens » tout court…

Mais on parlait de la censure qui, au fait, ne s’arrête pas au mot. En effet, inscrit au nombre des nomminés dans la catégorie « Essais », « L’Afrique répond à Sarkozy », le livre réponse au discours de Sarkozy à Dakar a lui aussi été victime de tentative de censure.

Réalisé par des intellectuels africains pour remettre les points sur les i du mot Histoire dans les fiches et la tête du président français, ses éditeurs nous racontent dans ce courrier lu sur grioo.com, et reproduit ci-dessous in extenso, comment il a été supprimé puis remis dans la liste…

Lire la suite…

 

« Un jury composé de personnalités reconnues (parmi lesquelles l’écrivain Alain Mabanckou, le sociologue Eric Fassin ou encore l’universitaire Lilyan Kesteloot), présidé par Louis-Georges Tin, porte-parole du CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France), a établi durant l’été une sélection de livres en préparation d’un prix récompensant un essai lors de la soirée des Trophées des arts afro-caribéens, le 23 septembre. Un des ouvrages de notre maison d’édition, L’Afrique répond à Sarkozy, écrit par un collectif d’intellectuels africains, y figurait.

Deux semaines avant ladite soirée, les coorganisateurs (répondant au nom optimiste de Good Music…) nous ont informés que l’ouvrage, finalement, n’était pas dans la sélection, qu’il y avait été mis par erreur. En fait, il n’y avait pas eu d’erreur : le jury l’avait bien retenu. Mais alors, pourquoi les opérateurs de cette soirée l’ont-ils écarté, et de manière aussi brutale ?

l’Arique repond a Sarkozy

La réponse tient probablement en ceci : la cérémonie doit être diffusée sur France Télévisions, et en ces temps de peur liée à la réforme audiovisuelle en cours, nul ne doit mécontenter le Château, là où tout se décidera dorénavant… Un ouvrage critiquant le discours de Dakar du Président ? Mais vous n’y pensez pas : en prime time, cela pourrait assombrir les soirées à l’Elysée ! Alors, nos petits censeurs ont tout simplement rayé le livre de la liste.

Les membres du jury s’insurgent, signent un communiqué se désolidarisant de cette manifestation, mais qu’importe, la cérémonie doit être belle, pas de fausse note : on veut de la « good music »… Alors, la veille de la cérémonie, les organisateurs réintègrent L’Afrique répond à Sarkozy dans la sélection, en prévenant l’éditeur, la bouche en cœur, que finalement il n’y avait pas eu d’erreur (que l’erreur avait été de dire qu’il y avait eu erreur… vous suivez toujours ?) Le livre étant retenu, ils sont donc inattaquables, n’est-ce pas ?… Un jury fantôme, surgi d’on ne sait où et dont on ignore les membres (puisque le vrai jury avait refusé de délibérer), décide d’attribuer quand même le prix ce soir-là, à la cérémonie du Châtelet, mais à un autre ouvrage bien entendu..

Ce couac digne des Pieds Nickelés, relevant de la « mascarade » selon Alain Mabanckou, est probablement picrocholin à l’heure où tant de défis menacent nos économies et notre environnement. Mais il intervient à un moment crucial pour le paysage audiovisuel français, et doit être pris au sérieux tant il peut être symptomatique. Comme bientôt l’Etat financera en totalité la télévision publique et nommera directement ses dirigeants, on voit que déjà les maillons de la chaîne de production commencent à pratiquer une forme d’autocensure en écartant ce qui peut déplaire en haut lieu. Cela rappelle étrangement les mauvaises heures de l’information des débuts de la télévision en France. Toutes les vigilances sont nécessaires pour repérer les serviteurs trop zélés, et endiguer cette régression.

Philippe Rey
Directeur des éditions Philippe Rey