Le Mémorial Karayib : Matinik sé ta Yo, Matinik sété tè Yo…

Je témoigne d’un légitime avènement !

C’est une nouvelle ère qui commence pour l’histoire des Caraïbes de la Martinique et, plus largement ceux des Antilles et d’Amérique, de la connaissance et la connaissance de leur génocide. Il n’était que temps de nous souvenir de ceux qui, les premiers, pourraient dire « Matinik sé ta nou ! » vraiment…
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Aux côtés de Yvette Galot, en présence de Ange Lavenaire et Georges Vankatapen, lecture de l’histoire de la chapelle…

Je suis consciente d’avoir été témoin de quelque chose de très important samedi 31 octobre dernier à Fonds St Jacques. Maintenant que vous connaissez l’histoire et l’origine du lieu que je vous raconte ici, vous comprenez mieux l’importance de briser le silence sur ce sujet, et l’envie de voir se dresser sur les lieux mêmes, un monument, pour que toutes les générations le voient, et sachent qu’il s’est passé là quelque chose qu’il ne faut pas oublier.

Nous le devons à la mémoire des enfants, des femmes et des hommes qui vivaient à Madinina et qui ont payé de leur vie le fait que Madinina devienne la Martinique. Celle que toutes les composantes de la population d’aujourd’hui revendiquent, Noirs, Békés, Mulâtres, Z’indiens, Chinois, en oubliant que eux, les Caraïbes, étaient là avant et que c’est leur terre à eux que nous nous partageons.

Nous vivons en effet dans une sorte de mutisme sur cette histoire. Sans doute est-elle trop douloureuse, trop monstrueuse pour que l’on ait envie de s’étendre dessus. L’autre jour, en parlant avec quelqu’un, je réalisai  avec beaucoup d’émotion, combien ce doit être difficile, douloureux même, de savoir que ses ancêtres aient pu commettre des actes aussi inhumains.

Je comprends que M. Sarkozy puisse se sentir fier de dire que « La France n’a pas à s’excuser, ni à demander pardon pour quoi que ce soit, parce que La France n’a jamais fait génocide ! ». Dans son esprit, c’eût été une bonne raison si elle l’avait fait ? Et ben elle l’a fait ! Nous sommes précisément en plein dans un génocide de  « François » comme dit le RP De Tertre… Enfin bref, M. Sarkozy n’est pas, en matière d’histoire, à une ignorance près ! Et là, je comprends vraiment qu’il préfère, en l’occurrence, se raconter des histoires. Mais on ne refait pas l’Histoire, même si on est le Roi du Monde !


Flash back sur un moment d’inculture… Quand Christiane Taubira analyse Sarkozy

La mondialisation qui a commencé avec les migrations depuis la nuit des temps et que l’on instrumentalise parfaitement de nos jours, s’est faite dans la guerre, le sang, le sacrifice, l’injustice. L’homme a appelé « conquête » ce qui lui permettait de prendre la part de l’autre de force et « guerre sainte » ce qui lui permettait de garder bonne conscience. En même temps, L’homme, la même race unique quelque soit sa couleur, s’est aussi toujours élevé comme un seul homme contre l’injustice, le viol, la violence et il a appelé ça  « résistance ». Le colon qui rencontre le Caraïbe, c’est l’homme qui rencontre l’homme et ils écrivent l’histoire qui n’est rien d’autre que la narration de la vérité. Et il y a certaines vérités qui sont  (et c’est le cas qui nous occupe) trrrrrrrès dérangeantes. Torop  même comme on dit par chez moi à Dakar.

Mais comment faire pour effacer le passé marqué par cette histoire ? Par le silence ? Oui, ça marche, un temps. Et dans notre cas, ça a marché. Depuis le temps que le RP De Tertre a écrit cette histoire, le peuple l’ignore encore. Et d’ailleurs il s’en trouvera des milliers pour dire que tout ce qui se passe aujourd’hui autour de ce devoir de mémoire est… malvenu. « Ouais, c’est fini tout ça, il faut tourner la page, aller de l’avant… » et tout le blablabla qui balaie la souffrance insupportable dont on ne veut pas hériter en plus du reste. Oui, je comprends… Mais que voulez-vous, « on a beau peindre en blanc le tronc de l’arbre, la sève en dessous crie ! » dit Aimé Césaire. Et ce mémorial qu’Yvette Galot, la directrice de Fonds St Jacques (qui ressemble tellement physiquement à une Caraïbe !) veut faire bâtir à Fonds Saint Jacques est destiné, me semble-t-il à faire connaitre l’Histoire avec un grand H, et à avoir une pensée respectueuse pour l’Homme Caraïbe que l’on dit disparu, autant que pour l’Homme tout court, autant dire pour nous-mêmes…

La cérémonie d’annonce de ce mémorial dont je vous parle ici restera comme l’un des moments les plus intenses de ma vie. Je vous la raconte en images… Allumez votre flambeau !

1) Des communications passionnantes…

[Not a valid template]Serge Domi et Thierry L’Etang

L’évènement commence vers 16h30, avec la pawol. Celle du poète d’abord puisqu’on l’on y entend Birago Diop, (Les morts ne sont pas morts). Puis Serge Domi, Thierry L’Etang et Jean Georges Chali vont nous parler de la mort chez les Afro descendants et chez les Caraïbes. Ça prend un bouquin. Et l’on parle évidemment du conte, attribut de la veillée mortuaire traditionnelle. Dès que je peux, je vous écris ça… En attendant, il y avait beaucoup de monde, et étrangement, tout le monde était vêtu de blanc, de noir, de couleurs assez deuil. L’ambiance de recueillement s’est donc, dès le départ, installée…

2) Lecture du texte que j’ai publié ici hier…
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…dans lequel je raconte l’histoire de la chapelle de fonds St Jacques, qui est aussi l’histoire de l’extermination des Caraïbes… A la lueur des flambeaux, et empreinte d’une émotion que je ne peux décrire, dans une ambiance respectueuse où l’on sentait que ce que les gens pour la plupart découvraient, les bouleversait. Les politiques étaient là, dont Georges Vankatapen, le super efficace élu responsable de la culture avec qui j’ai oeuvré pour la Maison du Bèlè, originaire du quartier, était lui aussi présent. Je n’ai pu m’empêcher de constater avec lui combien la ville de Sainte Marie porte de témoignages bien vivants du passé. Quel patrimoine ! Le bèlè, les costumes, la vannerie, les Caraïbes, le rhum, le tombolo, depuis peu ce cimetière d’esclaves et puis bientôt ce Mémorial Karayil dont La plaque d’annonce fut découverte par Ange Lavenaire, représentant le Conseil Général.

4) Les conquistes soufflent jusqu’au ciel…

[Not a valid template]Conquistes du groupe Watabwi. L’usage de la conque de lambis, gros coquillage, est un héritage des Caraïbes.

Ils saluent le geste, l’idée et l’intention, et le son a du monter jusqu’au ciel des Caraïbes dont la conférence nous a appris que les guerriers pensaient se transformer en étoiles après leur mort. C’était extraordinaire, à la lumière des flambeaux, de voir briller les étoiles et les larmes dans les yeux des gens, quand Thierry Létang a versé symboliquement de l’eau sur le sol et déposé une lumière au pied de la plaque, en mémoire des ancêtres, « Pou di yo nou la… »* Après quoi les conques de lambis et les tambours de Alfred Varasse ont raisonné, raisonné , raisonné… tout le temps que l’émotion fut présente, après quoi la foule se mit en marche, toujours à la lueur des flambeaux, pour se rendre en rythme et à petits pas vers le cimetière d’esclave, le 1er et le seul recensé dans la Caraïbe, découvert sur place…

Nous y allons demain. Mettez le flambeau en mode pose et rendez vous ici-même pour le rallumer à la mémoire cette fois des esclaves enterrés partout en Martinique, dans ce cimetière unique et aussi un peu partout, sans que l’on se sache où… La encore, que de surprise, que d’émotion !…

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