Le premier et seul cimetière d’esclaves noirs découvert dans la Caraïbe, désormais signalé !

Hommage aux Ancêtres Africains sans sépultures

Ambiance de recueillement depuis l’avènement du Mémorial Karayib. Hier je vous racontais l’hommage aux Caraïbes. Voici maintenant la suite de la cérémonie qui m’a fait pleurer… Rallumez vos flambeaux. Nous en aurons besoin !

[Not a valid template]Depuis le matin, cette « Savann Bwa Doubout » (La savane des Bois Debouts) installation de l’artiste Bruno Creuzet sur la pelouse du domaine, attendait comme nous ce moment…

Hier, nous nous sommes laissés sur l’hommage aux Caraïbes, et le convoi s’est ébranlé, flambeaux en mains, en direction du cimetière d’esclaves, situé de l’autre côté de la rue qui a séparé le domaine en deux. C’est là, sur un terrain privé que des fouilles ont révélé la presence d’ossements, puis de tout un cimetière, celui du domaine du temps des Prêtres qui y ensevelissaient leurs esclaves. Les ossements ont été récupérés par la Drac (et au fait, qu’est-ce que vous avez fait, et qu’est-ce-que vous avez l’intention de faire avec les os de nos ancêtres s’il vous plait, messieurs ?) C’est donc au son des conques de lambis et des tambours que nous avons marché jusque là…

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Voici la plaque dévoilée sur place par Yvette Galot. Les deux soeurs propriétaires du terrain, n’ont pu y construire la maison qui y était prévue compte tenu de la découverte. Le Conseil Général envisage avec la famille un échange de terrain pour récupérer ce terrain… sacré pour le Patrimoine. La comédienne Suzy Singa était probablement l’une des personnes de ce pays les mieux placées pour rendre un hommage poétique devant le panneau. J’ai eu pour ma part l’insigne honneur d’en rédiger le texte qui y figure désormais, afin que nul ne l’ignore. Le voici, dans son intégralité… (Oui, ça fait un post un peu long, mais ça en vaut la peine !)

Hommage aux morts anonymes de la traversée et de l’esclavage

La mort est sacrée dans les traditions africaines,
où le plus souvent, les Ancêtres décédés deviennent des intercesseurs
entre le Divin et la Communauté, qui remet son sort entre leurs mains.
Partis de force du Continent, des millions d’Africains, obligés d’abandonner leurs cultures,
leurs cultes et leurs rituels, sont morts en Diaspora
et ont été ensevelis selon les croyances et la religion de leurs maitres.
Ce lieu est dédié à la mémoire des Africains décédés sur place, de ceux qui ont péri durant la traversée
Ainsi que de tous ceux qui reposent dans les cimetières inconnus de la Martinique et des Amériques

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Ici se trouve le premier cimetière d’esclaves découvert dans les Petites Antilles

Sit découvert par hasard en 1993 lors de la réfection de la présente route départementale.
Des fouilles ont été conduites sous la direction de Colette LETON, archéologue au Service Régional d’Archéologie, assistée par deux chercheurs de l’Université de Saint-Domingue, les Docteurs Fernando Luna Calderon et Glenis Maria Tavarez et du Docteur Colombani de la Meynard.
Les datations par le radiocarbone révèlent que les squelettes datent de l’année 1730. Les 80 squelettes fouillés sur 30 m² présentent des caractéristiques anthropométriques d’origine africaine.

A ce jour, le cimetière d’esclaves de Fonds Saint-Jacques se trouve sur la propriété de Mme WAGRAM.
C’est le seul cimetière d’esclaves nettement identifié dans les Petites Antilles.
Les ossements ont été récupérés à Fonds Saint-Jacques en 2004 par le Centre Régional d’Archéologie de la DRAC
Samedi 31 octobre 2009, le Conseil d’Adminstration du CCR Fonds St Jacques a identifié ce cimetiere par ce panneau, à l’occasion d’une cérémonie symbolique « An Mémwa », qui ouvrira chaque année le « Festival Rencontre de l’Oralité ».

[Not a valid template]Le tambour bèlè, création des gens à qui on rendait hommage ici, a raisonné en leur honneur, sous les mains expertes de Sully Cally. Là, franchement, j’ai senti au plus profond de mon âme que quelque chose se passait… encore ! Et là encore, j’ai pleuré.

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Après la lecture de Suzy, le coup de tambour de Sully, nous avons encore marché pour revenir dans l’habitation même où nous attendait le poète et diseur Roland Pavilla qui, comme en prélude aux contes, nous gratifia d’une performance remarquable et empreinte là encore d’une grande émotion.

[Not a valid template]M. Chevignac, grand conteur traditionnel de la Martinique. Il a été parmi les derniers à se produire, mais il fut le premier arrivé, suivant la manifestation depuis les conférences.

Après quoi nous avons regagné l’aire de spectacle où nous attendait la Compagnie Trass la de La Sosso, dont l’image a été publiée ici hier et c’est en compagnie des conteurs que la soirée s’est poursuivie et achevée. A la fin, j’ai fait un rapide sondage auprès de quelques assistants. J’avais rêvé ou bien il s’était bien passé quelque chose d’extraordinaire là ce soir ? Peut-être étais-je trop impliquée pour en juger ? Valait mieux demander… Et résultat de l’enquête, oui, il s’est bien passé quelque chose, je n’ai pas rêvé. Et pour tous, ce fut, je crois bien, un évènement inoubliable que les quelques minutes de reportage télé ne sauraient retransmettre, mais dont ces pages portent ici le témoignage, pour ceux que cela intéresse, et pour les générations futures.

Ah, si nos Ancêtres Amérindiens autochtones, et Africains pouvaient enfin reposer en paix !

4 comments on “Le premier et seul cimetière d’esclaves noirs découvert dans la Caraïbe, désormais signalé !”

  1. imaniye dit :

    Je vous remercie infiniment de me permettre de confirmer que mon titre est erroné car je ne me suis pas plus renseignée que ce que mes interlocuteurs m’ont affirmé et pan ! Il y a d’autres cimetieres d’esclaves aux Antilles. Cela m’apprendra à ne pas avoir bien vérifié mon information. Merci Max Frandrina !

  2. Nèg mawon dit :

    Il y a aussi un cimetierre des esclaves, situé après l’ allée Dumanoir (grand site touristique de Gwadloup), sur le coté gauche, en allant vers Basse terre (GWADLOUP) !

  3. imaniye dit :

    Bienvenue dans ces pages Monsieur Courtaud et merci pour toutes ces précisions.

    Pouvez vous nous en dire plus ? Lorsque j’ai cherché à l’occasion de cet évènement, je n’avais absolument rien trouvé sur la question.
    Merci de nous indiquer vos pistes et références, pour enrichir notre connaissance sur la question.

    Encore merci et à bientôt
    Imaniyé

  4. Patrice Courtaud dit :

    Madame, Monsieur,

    Je vous signale que ce cimetière n’est pas le seul identifié dans les Petites- Antilles, d’autres comme à Montserrat aux Barbades ou en Guadeloupe sont connus et ont fait l’objet d’explorations archéologiques. Il n’est pas toujours facile d’identifier le statut servile/ libre de la population inhumée qui doit s’appuyer sur des informations d’ordre archéologiques, morphologiques et textuelles.

    Il faut se garder d’une reconnaissance trop hative.
    Cependant les cimetières d’époque coloniale reconnus comme regroupant une population servile appartiennent à l’histoire des Antilles, il ne s’agit pas de sous-estimer leur existence. Ils constituent des témoignages essentiels de l’histoire coloniale et contribuent ainsi au patrimoine, ce qui leur confère une certaine protection. Ils suscitent l’intérêt chez certains chercheurs qui développent des thématiques de recherche afin de préciser les rites funéraires et les conditions sanitaires de ces populations.

    Patrice Courtaud

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