Le roman de la caravane/chapitre 5 : Chabadabada, chabadabada…

PARLEZ MOI D’AMOUR

Réconciliée avec Célia, donc avec moi-même, je pus enfin connaitre le bonheur avec l’homme de 10 ans de ma vie, et embarquer avec lui dans « La Caravane du Retour »,  fruit d’un amour déchirant, de choix difficiles et extrêmes, de décisions à conséquences graves… Nous avons sans tarder commencé à en parler. Entre deux baisers…

Seku Mâga et Imaniyé
La musique, ensemble…

L’amour… Comment parler de l’amour. Ne prend t-il pas pour chacun un visage unique et singulier ? A quoi le reconnait-on ? Peut-il être vraiment partagé ? L’amour nous pose tant de questions, dont une, très importante : « L’avez-vous rencontré ? » Si l’on me posait cette question là, c’est sans hésiter que je répondrai : oui, l’amour existe, je l’ai rencontré. Il avait des locks et portait des boubous. Il étudiait les écritures à fond. Il chantait des chansons où il ne pouvait être question d’autre chose que sa foi et sa cause. Il avait la tête bien pleine, en plus d’être pour mon goût très bien faite, avec des yeux et des lèvres dont allait dépendre l’humeur de mon cœur durant 10 bonnes années.

Seku et moi nous sommes embrassés virtuellement dans un petit jardin, pour de vrai dans le lit d’une petite rivière, et nous n’allons plus arrêter de le faire, à aucun moment. Le baiser, ce fut comme une ponctuation dans notre vie. On s’arrêtait de parler ? Hop, un baiser ! On n’avait rien à se dire sur le moment ? allez, un baiser… Mais entre les baisers, qu’est ce qu’on a parlé… Je ne savais pas, avant de rencontrer cet homme, ce que voulait vraiment dire « ne pas voir passer le temps ». C’était hallucinant. Nous avions tellement de choses à nous dire, que rien ne nous arrêtera. Ni l’heure, ni les habitudes, ni les convenances… Nous parlâmes des mois et des mois et des mois, tous les jours, toutes les nuits, tout le temps, longtemps avant que je ne réalise que je ne faisais rien d’autre. Je n’arrivais pas à gérer mon temps et à faire tout ce que je voulais, parce que la magie de nos conversations me faisait tout déposer. Et nous ne parlions que de choses sérieuses et profondes pour nous, qui me prenaient la tête comme c’est pas possible ! Notre rencontre, notre projet, la polygamie, l’Afrique, le Retour, la Réparation, le village, l’éducation de Munyahni, la préparation au retour, la nationalité française, la gestion du quotidien pour que nous puissions être prêts le jour de notre retour. Toutes ces questions se posèrent dès les premiers jours, et tout de suite, nous nous appliquâmes à discuter des conséquences que je découvrais terribles de notre engagement mutuel. Tout ça donc entre deux baisers et dans tendresse. Nous n’étions plus en train de courir dans la vie, c’était la vie qui courrait autour de nous et nous en attrapions des brides au passage de la tornade, plongés que nous étions dans une sorte de béatitude.

Nous avions un autre allié de taille dans l’histoire, la musique. Parce que Seku a commencé à chanter ses compositions pour moi, et moi pour lui… Puis les morceaux naquirent où nous enchaînions paroles et musiques ensemble, d’un commun et de délicieux accords. Que d’heureux moments passés à chanter, à double voix, ou à s’écouter se dire en musique. Ma tête, déjà pétée il faut bien le dire par les discussions avec Seku, était re pétée par le génie musical que je découvrais, caché derrière l’homme en petites lunettes, le nez plongé dans les hiéroglyphes, en train de remonter la source, de nager à contre courrant jusqu’à ses origines. Cela faisait déjà deux aspects qui me plaisaient. Trois, avec l’homme, puisqu’il faut bien en parler. Il serait impossible de cacher que la communion dans laquelle nous baignions dans notre vie quotidienne se retrouvait dans nos moments les plus intimes, ce qui finit de nous convaincre que nous étions vraiment, parfaitement, complètement et depuis toujours destinés l’un à l’autre. Et puis Seku Mâga se révélait être un père attentif pour Dennis, qui ne tarda pas à son contact, à vouloir porter lui aussi des locks et à être baptisé « Munyahni », nom dont je vous explique le sens ici…

Seku Mâga et Munyahni Mâga
L’Afrique, ensemble…

Ah, autre chose qui a compté beaucoup dans ces premiers moments, vécus hors du temps, qu’est ce que nous avons ri ! De tout, de rien, et de jeux d’esprits qui marchaient à toute vitesse pour s’épater mutuellement… Nous avons vécu des moments de relaxation totale dans ce fabuleux exercice, le rire. Aux éclats, kra kra kra, le jour, la nuit, en tous lieux, tout, absolument tout nous amusait et inspirait une plaisanterie, close par un regard complice… et un baiser. Certaines fois, je me surprenais à rire toute seule, parce qu’il venait de dire quelque chose d’aussi anodin que… « Tu veux un ou deux sucres ? », tout simplement parce que cette scène, je l’avais mise en scène dans ma tête, il y avait plus ou moins longtemps, et j’avais mis cette réplique dans la bouche de cet homme idéal, absolument merveilleux, qui devait venir un jour dans ma vie pour m’apprendre à aimer. C’est ce que j’attendais quand je vivais seule et sans amour. Et c’est ce qui m’arriva avec Seku Mâga, qui combla tous les espaces qui pouvaient l’être et m’embarqua dans « La Caravane du Retour », en direction de ce bureau de Dakar où je revis aujourd’hui, avec une certaine émotion je dois dire, notre histoire.

Autant vous dire que je suis bien placée pour vous parler de cet homme dont il y a tant à dire. Je ne dis pas que j’ai percé tous ses secrêts, car jusqu’à aujourd’hui où notre histoire s’est transformée d’amour en amitié, il n’en finit pas d’évoluer et de m’étonner. En tous cas, s’il ne m’a pas tout livré, au moins m’aura-t-il offert une vision extraordinaire du sens de mots tellement galvaudés, comme liberté, dignité, honneur, foi, fierté, solidarité, sans compter bien sur, le mot amour que nous avons écrit en toutes lettres et plus encore… Hein Seku ?

A partir de maintenant, nous allons tourner cette page de notre roman, car ce n’est plus seulement d’une love story qu’il s’agit. C’est une machine de guerre qui s’ébranle, charroyée par l’amour certes, mais aussi la foi et l’espérance dans un projet que certains ne tardèrent pas de taxer de complètement impensable, et impossible… Ils se trompaient. Le Retour se fera en étape, dont La première étape, Zâbele, ce lieu sacré où nous devions accomplir la volonté divine.

La suite donc, vendredi, car je vous ai réservé une place sur l’une des marches de terre d’un escalier pas comme les autres, véritable passerelle entre civilisation et nature, ville et campagne, Zion et Babylone… Pour ça, on remonte à Chère Epice ! 

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LE ROMAN DE LA CARAVANE

Lire les chapitres précédents

Chapitre 1 : Toi Adam, moi Eve…
Chapitre 2 : Lanmou kruel

Chapitre 3 : Les charbons ardents
Chapitre 4 : La femme de mon mari

 

 

 

6 comments on “Le roman de la caravane/chapitre 5 : Chabadabada, chabadabada…”

  1. Kewuzâbe dit :

    Un goût d’inachevé, j’attends la suite avec impatience…

  2. Imaniyé dit :

    Merci de ton intérêt.
    En ce moment, je suis en panne sèche d’écriture. Ça ne sort pas et je ne peux pas me forcer.
    J’attends sereinement que l’inspiration revienne. Ces jours ci, je suis plutôt portée sur la composition musicale.
    En tout cas, je reviens au roman dès que ça me « prendra » !
    A très bientôt, j’espère…
    PS : j’aime bien ta vision de l’Amour…

  3. govindin dit :

    Cette histoire…nous tient en haleine! j’ai lu tous les chapitres d’un coup et j’avoue que j’ai aussi hate de découvrir la suite!
    Je suis sûre que chaque femme y retrouve un petit bout d’elle même! j’en retiens l’idée du ying et du yang enfin emboîtés. L’Amour, je crois va au-délà de l’égo, va au délà des valeurs sociétales, l’Amour nous révèle enfin à nous même pour une véritable renaissance. C’est bien ce que je lis à travers ton récit. Merci et vite la suite…

  4. Régine Féline dit :

    Que de souvenirs, comme je te revois ma soeur. Très émouvant ton récit, j’ai plein d’émotion car je l’ai aussi vécu.

    bisous sister,

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