Lundi 28 juillet : L’argent ne fait pas mon honneur !

T’AS PAS HONTE IMANIYE ?

« Ca ne te gêne pas de dire à tout le monde que tu n’as pas d’argent ? »
m’a demandé mon ami Mamadou, sous le choc…
Non, pas de tout, Mamadou. Ecoute moi bien…

10000 CFA
Billet de 2003, mis aux enchères sur internet et vendu !

Je n’avais pas un sou, comme on dit, quand est survenu l’épisode prison de Seku. Mes super copines m’ont dépanné, et, comme d’habitude, de miracle en miracle, jusqu’à la journée d’aujourd’hui, la vie continue avec Munyahni.

D’abord, vous avez vu, j’ai des amis… ies ! Mais j’ai d’autres alliés de taille dans l’histoire, dont la foi et l’expérience. Sans elles, je n’aurai pas pu, ça, c’est sur. Et puis j’ai l’espérance, celle de jours meilleurs où, connaissant la vraie valeur de l’argent, je saurai en user avec la sagesse et le détachement qu’il convient. Car il ne m’a jamais attaché, et je crois bien que cela ne se peut. Ce n’est pas que je n’apprécie pas ce que procure l’argent. J’aime pouvoir acheter ce dont j’ai besoin et aussi ce qui me fait envie, comme tout le monde. Mais… Ce dont j’ai le plus besoin ne s’achète pas. Il se cultive, particulièrement dans les moments difficiles, il ne coûte rien bien qu’il soit de plus en plus rare, il se donne corps et âme sans rien demander en échange. Il, c’est bien évidemment l’amour.

C’est l’amour donc qui est ce après quoi je cours, aux pieds desquels je tombe à genoux, ouiiiii, n’ayons pas peur des mots !!! C’est l’amour qui est ma couverture dans le froid pays des emmerdes. Tiens, en parlant de gêne, voici bien une chose qu’il me gênerait de dire, c’est « Personne ne m’aime » ou « Je n’aime personne ». Je trouve ça indécent, obscène même. Et comme assaisonné d’une cruauté que je trouve infiniment plus redoutable que d’avoir de temps à autres les poches crevées !

Et puis pauvre, ici dans ma condition, cela ne veut rien dire. Car ici, La misère, la vraie, est le décor permanent de la rue, avec son cortège de saleté, de maladie, de difformités qui effraient les passants, de mendiants dont on ne sait plus lesquels sont des vrais et lesquels sont des pro… La misère, elle est dans le regard de détresse des petits talibés devant la vitrine du pâtissier… Dans les règles de ces jeunes filles qui n’ont même pas de culotte et encore moins les moyens de pourvoir… Dans la froideur des cartons où dorment les grand-mères, que la tente de haillons ne parvient pas à réchauffer… Alors moi, ma misère heu…

Non, décidément Mamadou, vois-tu, je n’en n’ai pas honte. Cela ne me fait pas baisser la tête ou l’échine que Seku soit inquiété pour des dettes qu’il n’a jamais contractées que pour deux choses essentielles à la survie de notre famille, le gite et le couvert ! Non, je n’ai pas honte d’aller chez le boutiquier lui demander le café, le pain et le lait à crédit. Ma mère l’a fait, ma grand-mère sans doute aussi, en son temps, dans la campagne de Sainte Marie qui les ont vu naître. Non, non et non, cela ne me gêne pas de ne pouvoir, à certains moment, m’offrir quoi que ce soit. Quelle qu’elle soit, cette chose dont j’ai le besoin ou l’envie me viendra. J’y crois, et puis j’oublie.

Ah et puis une dernière chose, Mamadou et tous ceux qui me méprisent ou me plaignent d’être si misérable et fauchée : regardez autour de vous. Mais… C’est tout le monde qui est fauché ! Je dis bien tout le monde. Je suppose qu’il y a un certain nombre de personnes au Sénégal comme ailleurs qui jouit de moyens mettant vraiment à l’abri du besoin. Mais moi, je n’en connais pas. Même les gens riches que je connais, que l’on pense être millionnaires, et bien ils sont pauvres en fait, eux non plus n’ont pas un sou !

Et quand il n’y a plus l’argent pour faire écran entre la vraie personne et ce qu’elle paraît derrière les vitres teintée de sa belle voiture, la réalité de l’être apparaît dans toute sa splendeur. Ou la personne est bien et elle le reste, ou elle est mauvaise et elle le redevient naturellement. D’où la nécessité, que l’on soit riche ou pauvre, de bien choisir ses amis. On en a tellement quand on a les poches pleines et si peu quand la disette sévit ! Je trouve beaucoup plus interessant pour moi de cultiver mes amours et mes amitiés que le goût de l’argent !

Alors non, Mamadou, non, je ne ne suis pas génée de te le dire aujourd’hui, je n’ai pas un rond. Au fait, t’aurais pas 100 balles ? Non ? Et ben, tu vois…

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