Ne pas confondre « crise antillaise » et « grève générale »…

Ce qui se passe ne se limite pas à une grève et ses conséquences…

Au moment où je boucle mes valises pour retourner en Afrique, j’ai tellement à dire sur ce qui se passe en Martinique et Guadeloupe actuellement qu’une page ne suffira pas. Déjà, il me semble que cette grève n’est qu’un des signes d’un changement beaucoup plus profond qu’on ne le croit.

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(Photos : Delgrès)

Dernières nouvelles du front : alors que l’on pensait hier que les choses avanceraient de manière significative, rien n’est encore signé, ni à Guada ni à Madinina où des dizaines de milliers de personnes manifestent encore aujourd’hui… D’un autre côté, la grogne s’organise et, de visu ou dans l’anonymat, les appels à la reprise se font entendre dans les deux îles. On commence à chiffrer les pertes, à estimer le montant des dégâts, à plaindre les petits entrepreneurs, les lycéens, les commerciaux…

Et pourtant, hommes, femmes et enfants sont encore dans la rue et les membres du Collectif du 5 février autour de la table des négociations autour des points évoqués ci dessous dans le communiqué du groupe « Van lévé solidarité » de Facebook, sous la plume de Olivier Ozier Lafontaine :

« En ce Lundi 02 Mars les choses avancent petit à petit en Guadeloupe avec les négociations (très techniques) sur la baisse des prix des produits de première nécessité. La signature de l’accord BINO sur l’augmentation des bas salaires n’a pas encore à proprement parler été effectuée, mais elle devrait l’être d’ici demain entre le LKP et le Préfet… Cette signature qui mettra un terme à la grève dépend des avancées faites sur la baisse des prix.

Au niveau de l’éducation, on se dirige vers une fin de grève avec l’obtention d’un protocole d’accord entre le Rectorat et l’intersyndicale de l’enseignement, concernant les 19 postes supplémentaires réclamés. Le lycée de Baimbridge a rouvert ses portes aujourd’hui, et de nombreux collégiens, lycéens et étudiants devraient retrouver le chemin des cours d’ici demain ou la fin de la semaine au plus tard.

Il est à noter qu’un accord a été signé à la station de RFO Guadeloupe pour arrêter le mouvement de grève de la chaîne. Une commission rendra son rapport en Mai quant à la diffusion des programmes depuis la Guadeloupe, et non depuis Paris comme cela avait été prévu dans la nouvelle charte de RFO.

En Martinique, alors que la base refuse l’accord pour les 200 € déjà rejeté (puis accepté) ce week end par le Collectif du 05 Février, le très lourd dossier de l’emploi a été abordé aujourd’hui pour la première fois. Concernant ce point, les revendications sont les suivantes :

– le rétablissement de l’autorisation administrative de licenciement
– la ratification de la convention 122 de l’Organisation internationale du travail afin de décliner une véritable offensive de l’emploi dans les DOM et réduire les écarts de chômage avec la métropole
– le rétablissement du congé solidarité grâce auquel chaque senior partant à la retraite serait remplacé par un jeune
– le rétablissement des concours régionaux déconcentrés
– la signature d’un avenant à la convention Unedic pour porter l’indemnisation à hauteur de 80% du salaire brut, avec une durée de 36 mois
– un accord local entre Etat, collectivités et entreprises pour faciliter l’entrée des jeunes dans les contrats en alternance
– le renforcement des budgets du Conseil Régional afin de permettre l’entrée de 25 000 personne en formation par année, pendant trois ans.

« Toutes les mesures entreront dans un recadrage des fonds pour l’emploi, dans les travaux de la Lodeom, ainsi que dans l’utilisation des fonds sociaux disponibles », indiquait en fin d’exposé Mario Moreau, membre du Collectif.
Alors que dans les deux Régions des voix se font entendre pour arrêter la grève, la mobilisation reste massive et les attentes de la population sont grandes.
Plus de détails et de nouvelles suivront dans les prochains communiqués, et, espérons le, peut être l’annonce de la fin de la grève, qui signifierait que les revendications des deux collectifs auront été suivies.
 »

Voilà où nous en sommes à cette heure. Mais, par delà la grève, nous sommes en plein dans une crise non sociale seulement, mais sociétale. C’est toute la société qui prouve là un changement, une évolution vers quelque chose d’étrange…

J’ai ma petite idée sur les évènements qui, je le pense, ont changé pour toujours la mentalité des Martiniquais et qui font qu’il y a un « avant » et un « après » 5 février. On en reparle, très vite…