Rencontre avec Souleymane Faye

Souleymane Faye, le Magnifique…


Je suis fan de Souleymane Faye, une des voix les plus remarquables du continent. Je l’ai rencontré pour l’urbanzine dakarois « Waaw » de septembre dernier, pour tenter de savoir pourquoi il est si peu connu et reconnu sur la scène internationale… En est-il frustré ? Il s’est confié sur sa carrière, ses deux épouses, ses regrêts, le groupe Xalam et quelques autres questions indiscrètes !

Suleymane Faye et Imamiyé

Souleymane Faye et Imaniyé

Imaniyé : Souleymane, on dit de toi que tu es « ingérable »…
Souleymane Faye :Qu’est-ce qu’ils veulent gérer en fait ? Je ne sais pas moi ce qu’ils veulent gérer…

Ton temps, ton énergie, ton activité, à un moment donné…
Et en contrepartie ? Qu’est ce qu’ils donnent ? Qu’est ce que j’y gagne, moi ? Je ne sais pas.

Comment voyais tu ton avenir dans la musique au début de ta carrière ?
Je n’ai jamais pensé que je serai devenu un musicien. Je sais seulement que cela me plaisait. J’ai toujours aimé la musique, les chants, les percussions et les danses. Même quand j’ai appris la menuiserie, qui devait être mon métier, j’aimais travailler en chantant, cela dépassait la fatigue. Je suis devenu chanteur sans m’en rendre compte. Tout ce que je voulais, à l’époque, c’était m’approcher des musiciens et les voir jouer. Après, j’ai commencé à chanter juste comme ça, sans parler l’anglais, sans comprendre ce que je disais, des chansons de Wilson Pickett, Mick Jagger… J’ai appris à chanter en faisant des chœurs.

Qu’est ce que tu réponds à ceux qui se demandent comment une telle voix et un tel talent ne t’aient pas emmené plus loin ?
Je n’avais pas de groupe et c’était un gros handicap. J’étais tout seul. Maintenant j’ai un groupe. Je peux penser à ça.

Qu’est ce que tu déplores le plus dans l’exercice de ton métier de musicien professionnel au Sénégal ?
Il y a trop de concurrence entre les gens. Ils ne sont pas unis. Ils ne s’aiment pas. Personne ne fait confiance à personne et ça c’est difficile de vivre avec des gens comme ça. Tu sais, tous les chemins mènent au paradis ou en enfer, et chacun a choisi son chemin. Quelqu’un peut choisir le chemin le plus rapide. L’autre peut choisir le chemin le plus long, mais le plus serein, le plus calme. Il prend moins le risque de tomber…

On t’imagine mal dans un chemin calme, Souleymane…
Le calme, c’est déjà de trouver une solution pour gagner ma vie tout en restant à Dakar. C’est déjà un grand réconfort de voir grandir mes enfants, de les retrouver tous les soirs. Quand ça ne va pas, je pense à eux, et alors je fonce car cela me donne du courage. Au début je gagnais 3000 F cfa, et puis 5000, puis 10.000 desquels il fallait déduire 5000 pour la sono et le transport. La plupart du temps, je rentrais en car rapide à la maison. J’ai fait ça pendant des années. Par la suite, j’ai gagné plus : 20.000 francs, puis 30.000, et puis plus, 100.000, parfois 200.000 francs. Je pense qu’à ma place, beaucoup de gens auraient laissé tomber. J’aurai pu m’exiler 6, 7 ans, comme tant d’autres !

D’autant plus que ta deuxième épouse vit en Europe. Une vraie love story, on dirait ?
C’est une femme que je connaissais depuis longtemps. Nous sommes sortis ensemble et avons même élaboré des projets de mariage. Et puis cela ne s’est pas fait. Mais je crois qu’on l’aurait raté à ce moment là. Et puis je la retrouve 20 ans après et on en reparle, on rigole et je dis comme je le pense, qu’il n’est pas trop tard… Et là, c’est reparti, on l’a fait ! Et je suis très heureux avec elle.

Et comment cela se passe-t-il avec la première, une Sénégalaise ?
Cela se passe bien maintenant, mais, au début, ce n’était pas facile. En fait, je ne suis pas un homme à deux femmes !

Comment tu t’en sors ?
Ce sont deux civilisations tellement différentes, l’une est européenne, l’autre africaine. Ce sont deux structures différentes et j’ai trouvé l’équilibre comme ça. J’aurai eu beaucoup de problèmes si j’avais eu une deuxième femme sénégalaise, comme ma première épouse.

En parlant de premières amours, on parle du retour de Xalam… Tu es de l’aventure, alors ?
Pour commencer, le Xalam, on a fait un excellent travail, puis on a laissé tomber. On s’est dispersés, mais le Xalam ne s’est pas disloqué. Chacun est resté là, dans son coin, à penser au moment où nous pourrions nous retrouver. C’était vraiment pas mal de se dire qu’on se retrouve au Sénégal, qu’on répète et qu’on fait une tournée nationale. Si on peut faire 5 dates à Dakar, Saly et pourquoi pas Saint-Louis, ce serait bien ces retrouvailles.

Es tu heureux ? Qu’est ce qu’il te faudrait pour l’être ou l’être plus ?
Moi, je suis heureux de nature. Ce qui me rendrait plus heureux serait de voir les gens vivre en paix autour de moi. Un monde sans méchanceté, sans jalousie, voila qui me rendrait plus heureux, oui.


B O N U S

Souleymane en live au Pen’Art


Si vous passez à Dakar, retrouvez Souleymane au Pen’Art Jazz Club où il se produit très souvent, soit en grande formation, soit en petit comité où je le préfère pour l’ambiance intime et chaleureuse…


Souleymane, hier, aujourd’hui et demain

 

HIER… De 1985 à 1987, il est avec Ibrahima Kouldoul « la » voix du groupe Xalam, célèbre groupe sénégalais qui a percé en Europe. Après l’arrêt du groupe, il poursuit sa carrière en solo par la production de K7 et la réalisation de duos comme récemment avec Cumba Gawlo Seck sur son avant dernier album.

AUJOURD’HUI… Il se produit au sein de son groupe dans les boites de nuit, restaurants et jazz clubs comme le Pen’Arts ou le Just4U où il a ses habitudes. Il propose une formule grand orchestre et une formation plus petite, pour une ambiance acoustique plus intime que ses fans apprécient.

DEMAIN… Il espère voir sortir en grand l’album « Islamo Chrétien » qu’il vient d’enregistrer à compte d’auteur. Le plus tôt sera le mieux pour lui qui le distribue déjà aux radios et aux boites. Souhaitons qu’elles lui réservent l’accueil que le talent de l’artiste inspire.

11 comments on “Rencontre avec Souleymane Faye”

  1. Pofrima dit :

    Souleymane Faye, une valeur sure … un philosophe incompris. Pourquoi tant d’indifférence et de mépris pour un tel génie! TRAGIQUE, le Sénégal préfère célébrer ses génies … après leur mort

  2. Imaniyé dit :

    « Lundi vous, mardi l’autre… ou bien les deux ensemble… » dîtes-vous.

    Et bien ce n’est pas tout à fait comme ça que ça marche. La polygamie africaine fonctionne selon des règles établies depuis des millénaires, qui ne doivent rien aux religions qui se sont imposées par la suite. Elle répondait au départ à un besoin de…

    Mais il y a beaucoup trop à dire pour un simple commentaire.
    Aussi je vous propose de nous retrouver très vite sur le forum qui sera réactivé dans quelques jours.

    Restez attentive, Akusi, ces jours prochains nous pourrons parler franchement et complètement de ce sujet passionnant où nos deux cultures/civilisations/mentalités/éducations/sociétés se rencontreront et échangeront sans aucun doute… passionnémment !
    Merci de votre intérêt
    Imaniyé

  3. Akusi dit :

    Pourquoi pas, je serais intéressée de savoir comment vous vivez cette polygamie, qui est pour moi tout à fait inconcevable.

    Lundi, vous, mardi l’autre… Ou bien les deux ensemble, pourquoi pas après tout tant qu’à y être… Non franchement je n’arrive pas à le concevoir… Un homme ça ne se partage pas, tout comme une femme ça ne se partage pas.

    Je n’ai peut-être jamais vécu dans une société comme la votre, mais ça ne me parait pas naturel… Si j’apprenais que mon mari m’a trompé (ben oui juste trompé vu que la polygamie n’existe heureusement pas chez nous), mais ça serait fini, terminé ! Il est hors de question que je partage mon homme avec une autre femme.

    Et puis question plus qu’intéressante : je suppose que la polygamie comme toujours ne fonctionne que dans un sens n’est ce pas ? C’est l’homme et lui seul qui à le droit d’être polygame, la femme elle compte pour du beurre.

  4. imaniye dit :

    Oh mais, en voilà un joli sujet de débat !

    Et comme je vous comprends. C’est vraiment une question de civilisation, de culture et d’éducation. Peut-être que si vous aviez grandi dans un monde où la polygamie est banale, vous ne l’auriez pas vécu de la même manière.

    Personnellement, si je me remarie, je souhaite que ce soit de nouveau avec un polygame.

    Je vous propose de nous retrouver sur cette question très prochainement dans le forum qui est en cours d’actualisation…

    Merci de vos contributions.
    Imaniyé

  5. Akusi dit :

    Je vie en France et cela est interdit (tant mieux aurais je tendance à dire). Comment pouvez vous accepter de partager votre mari avec une autre ? Mon mari c’est mon mari, et exclusivement le mien, il est hors de question que je le partage.

  6. imaniye dit :

    Cher Akuzi, je ne sais pas où vous vivez, mais par là où je vis moi, cette pratique existe et fonctionne depuis toujours.
    Pour ne rien vous cacher, je suis moi-même fondamentalement POUR la polygamie. Je trouve que ce système est aussi valable qu’un autre. Maintenant réussir un mariage polygamique nécessite beaucoup de talent ! Il se trouve que Souleymane en a pas mal…
    Donc oui, on peut très bien « accepter ça » je trouve.
    Ceci dit, vous ouvrez un débat très intéressant.S’il y a des gens que cela intéresse, on peut poursuivre.
    Passionnément,
    Imaniyé

  7. Akusi dit :

    2 femmes my god ><
    Ca existe ça encore… malheureusement… Comment on peut accepter ça franchement… Pfff

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