Samedi 23 août : Journée internationale en souvenir de la traite négrière et de ses abolitions : Un souvenir pour qu’on oublie ?

PACTE DE SANG AU BOIS CAÏMAN

La révolution qui débuta le 23 août 1791 dans les plaines du Nord d’Haïti serait le fruit d’un pacte de sang signé par des chefs rebelles, au fin fond du Bois Caïman, transformé, cette nuit là, en bois sacré.

Bois Caïman
(D.R.)

Aujourd’hui 23 août a été décrété « Journée internationale en souvenir de la traite négrière et ses abolitions » par l’UNESCO qui a, dans sa résolution 29/C 40 demandé officiellement à tous les pays membres de l’ONU de la célébrer. Combien le feront ? Au Sénégal où je vis, pays où l’attraction touristique principale est probablement la Maison des Esclaves de Gorée, le 23 mai a été décrété « Journée des Tirailleurs », en mémoire du 23 août 1944, date du débarquement du 6ème régiment des tirailleurs sénégalais.

Cette célébration qui remet en mémoire l’injustice de la France vis-à-vis des « Tirailleurs Sénégalais » qui, je le rappelle à mes lecteurs de la Diaspora, étaient en fait de toutes les nationalités : Congolais, Maliens, Sénégalais, Algériens, Marocains… de partout où la France avait des colonies. Elle y a recruté ce qu’elle traite jusqu’à aujourd’hui aussi mal. Elle est édifiante, l’histoire de ces soldats en sous-solde ! Ça ressemble à une farce macabre, dont le titre pourrait être « Nous sommes égaux, mon frère, jusqu’à ce certain point ! »

Quelques chiffres pour comprendre : le nombre de Tirailleurs engagés dans la Première guerre mondiale était de 130.000, et 200.000 pendant la seconde, sur 560000 soldats au total, soit près de la moitié de l’armée française. On a dénombré près de 170.000 à partir de 1940. Les pertes en vie humaine s’élèvent à 30.000 pendant la Première guerre et 40.000 à la Seconde. Les blessés se comptent à hauteur de 60.000.

Le fait est que de retour de guerre, alors qu’ils avaient la certitude d’avoir fait plus que leur part de devoir vis à vis de la Mère Patrie, les soldats africains se virent privés d’une partie de la solde qui leur était due. Leur solde fut fixé à un taux très nettement inférieur à celui des soldats français de France. Ils se révoltèrent contre cette injustice et la France mata leurs revendications d’un coup d’éclat sans appel, le massacre du Camp de Tiaroye au Sénégal, où elle bombarda les hommes qui réclamaient justice. Cela vit évidemment se calmer l’ardeur à réclamer. Cela fait plus d’un demi-siècle que ces anciens soldats et leurs familles attendent d’on ne sait quel miracle qui puisse être obtenu autrement qu’avec la fermeté nécessaire, ils attendent patiemment que les autorisés leur rendent justice.

Ya bon banania
(D.R.)

Mais jusqu’à aujourd’hui, toutes les autorités françaises et africaines se révèlent incapablesde résoudre le problème. Je pense que la France attend la mort du dernier tirailleur pour enterrer définitivement le dossier. Mais cette opinion n’engage que moi… Et au fait, ce n’est pas mon propos. Ce que je voulais dire, c’est que cette journée du 23 août n’est pas du tout consacrée à la célébration sollicitée par l’Unesco. On va voir aujourd’hui ce qui va se passer en Europe, en Afrique, aux Antilles sur la question. Je ne me fais guère trop d’illusions…

Revenons en Haïti, pays qui eut le tord pour certains, d’enfanter des Jean François, des Biassou, des Toussaint Louverture qui allaient prendre la tête de la révolte pour leur liberté, arrachée au prix de nombreuses vies humaines, de part et d’autres.

Ils ont suivi le chemin ouvert par Dutty Boukman, dont la tête fut exhibée au Cap, après qu’il périt au combat, pour prouver aux esclaves qu’il n’était pas invulnérable comme ils le croyaient. Pour les colons esclavagistes, c’était une belle prise, car c’est lui, Boukman qui ordonna le soulèvement au cours de la cérémonie vaudou qu’il organisa pour un grand nombre d’esclaves, la nuit du 14 août 1791. Il parait qu’un cochon noir fut sacrifié et que les assistants burent son sang afin de devenir invulnérables.

J’ai vainement cherché sur le net une information concernant ce pacte de sang que l’on prétend Dahoméen. Je n’ai rien trouvé qui puisse m’éclairer. Dommage, car j’aurai bien aimé savoir en quoi il consiste véritablement ; je ne me contente évidemment pas de l’idée occidentale d’un deal avec le Diable, telle que la chose nous est présentée actuellement. Car lorsque les Africains furent emmenés, ils partirent avec ce qu’ils étaient et rien d’autre. Et s’ils avaient des pratiques spirituelles, ils ne les ont pas oubliées et les ont forcément transmises comme ils pouvaient à leurs descendants, non ?

Esclavage
Convoi d’esclaves, enchaînés et captifs de jougs de bois / 19e siècle /
Afrique centrale
– (the Atlantic Slave Trade and Slave Life in the Américas)

En 1791, nous sommes en plein dans la traite, en plein dans l’esclavage (le crime, excusez moi, on ne le dira jamais assez), cette situation parait normale aux yeux de l’occident criminel, qui, jusqu’au jour d’aujourd’hui, considère les religions africaines comme des cultes diaboliques.
Vous n’avez pas remarqué que partout dans le monde, on parle de prêtres, d’officiants, de religieux, de guides spirituels et que sais-je encore ! Mais en Afrique, on n’a que des « sorciers ». Les cultes africains sont assimilés à de la sorcellerie, au départ, dans la sémantique même, à juger voir dans la réalité…Moi, j’imagine très bien la scène où les esclaves, lorsqu’ils se retrouvent dans ce lieux reculé de l’habitation Lenormand de Mézy appelé «Bois-Caïman» ne sont plus des « esclaves ». Ce sont des hommes et des femmes qui décident qu’ils préfèrent mourir plutôt que de continuer de vivre cette vie inhumaine qu’on leur impose là. Parmi eux, sans doute des « sorciers », des prêtres animistes qui n’ont pu que se réveiller. Eux qui n’ont pas su se protéger de la capture, de l’exil, de la déportation et de l’esclavage, décidèrent sans aucun doute de mettre en pratique leurs connaissances sans doute ancestrales, entraînant avec eux des gens pour qui il était sans doute inconcevable à l’époque de ne pas croire en leurs pouvoirs. N’est-ce-pas ?

J’ai lu une histoire du Père Labat je crois bien, qui raconte dans un de ses récits sur sa vie de prêtre esclavagiste en Martinique, qu’il vit une fois un enfant de 10 ans faire tomber la pluie… . Comme on dit ici au Sénégal que l’héroïne Casamançaise, Aline Sintoé Diatta, était capable de le faire. Il est, à mon sens, fort probable que certains déportés aient pu être dépositaires de secrets et de rituels que nous ne pouvons juger, puisque nous n’en connaissons ni la teneur, ni le sens réel qu’ils leur accordaient.

Donc nous revoilà donc au Bois CaÎman où le destin d’Haîti va se sceller au cours de ce qui est considéré comme l’acte fondateur de la révolution et de la guerre d’indépendance, le premier grand soulèvement collectif du monde contre l’esclavage. C’est l’équivalent de la prise de la Bastille pour la France. Dans la nuit du 22 au 23 août, les esclaves de cinq habitations brûlèrent et massacrèrent les blancs, et, pendant une dizaine de jours, la plaine du Nord fut en flammes. Le bilan officiel fut de 1000 blancs assassinés, 161 sucreries et 1200 caféières brûlées. Les chiffres ne nous disent pas combien d’esclaves sont morts… A ce moment là, cela n’avait aucune espère d’importance de les dénombrer, je suppose…

Auréolé de sa réputation d’invincibilité, Boukman avança jusque devant le Cap-Français et les autorités ripostèrent. La suite, on la connait. Rappelons pour finir que cette pauvre Haîté a payé très cher et paye encore son outrecuidance. Par exemple, avec la dette exigée par la France avec l’ordonnance de Charles X en avril 1825, qui impose à l’île de lui payer la somme de cent cinquante millions de francs ( trois fois la valeur de l’île à l’époque) destinés à dédomager les anciens colons qui réclameraient une indemnité. Haïti commença à payer dès le 31 décembre 1825, et ne s’acquitta de sa dette qu’en 1947 !

Un ami Haïtien m’a dit que, pour payer cette dette, l’un des états reconnus les plus pauvres du monde faisait des collectes de menue monnaie dans les écoles, donc cette dette, même les enfants ont du la payer. On a entendu quelques voix haïtiennes s’élever pour réclamer la restitution de cette somme. On prétend même que cette revendication précipita la chute de Aristide. Voila un crime dans lequel on a rétribué le criminel. Et on interdit encore aujourd’hui à la victime d’oser penser, voire de parler de « réparation ».
Tchiiiiiiiiip !


Pour en savoir plus sur l’ordonnance de Charles X

2 comments on “Samedi 23 août : Journée internationale en souvenir de la traite négrière et de ses abolitions : Un souvenir pour qu’on oublie ?”

  1. imaniye dit :

    Oh, merci pour la bienvenue, Fraize. Et pour cet enthousiasme qui me fait découvrir un aspect de la vie de blogeuse que je ne connaissais pas encore.

    Mais vois tu, je ne pourrai jamais faire ce que tu me demandes là dans le temps que tu me donnes là…
    Je ne peux pas suivre de course trop effrénée, car je fais tout toute seule sur mon blog et cela me prend tout mon temps, en plus de mes obligations naturelles, comme tout le monde.

    Je voudrais bien qu’il soit connu, et bien noté par un maximum de gens,et je travaille beaucoup pour le faire connaitre, et pour faire en sorte que les personnes qui le connaissent y reviennent avec plaisir. Je veux qu’il soit le vrai reflet des « élans de mon âme », tel que je l’annonce en ouverture.

    Par contre, je découvre des blogs et des personnes très bien dans mon vécu du blog et j’ai créé une rubrique qui me permet de les présenter à mes lecteurs. Ta visite m’a honorée, je vais donc visiter ton site et sans doute en parlerai-je dans un prochain article de la rubrique « Ma.Blogosphère ».
    A très bientôt, sur la toile… Et encore Merci de ta visite !

    Imaniyé

  2. fraize dit :

    coucou !

    je suis de passage sur ton blog pour te souhaiter la bienvenue sur boosterblog ! Je te met donc la note +5 pour que tu débutes bien dans les statistiques du site boosterblog ! tu peux me rendre ce +5 à cette adresse :

    fraize-delicieuse.boosterblog.com

    moi, je rends les +5 tous les jours ( je vérifie les notes que l’on me met et je rends la même note au blog concerné ex.: +5=+5 -5=-5)

    Ensuite en ce qui concerne les commentaires ils sont X3 chez toi juste aujourd’hui et demain jusqu’à minuit !!! (si tu en laisses 10 chez moi sinon ils sont pas rendus)

    Pour être dans mes amis il faut que tu laisses au minimum 20 commentaires sur mon blog (qui te seront rendus x3 jusqu’a demain minuit ce qui fait 60 commentaires pour toi)

    je te souhaite une bonne journée et à bientot !

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