Seku Mâga : Passez par la case « Prison » ! (Partie 1)

PETITE HISTOIRE DU RETOUR TOTAL

Voici la dernière aventure d’un homme libre sur le dur chemin du Retour Total.
Comme il est prêt à donner sa vie pour sa cause,
quelques heures de prison ne vont pas l’arrêter… Loin de là !
Seku et Louis Bassène
Seku accueilli à sa sortie du Commisariat des Parcelles par l’artiste Louis Bassène,
(celui la même qui a illustré la version française de « Racines » de Alex Alley par les Editions Martinsar)

Le contexte dans lequel cette péripétie du retour se situe est si vaste et si profond, qu’il ne peut être traité en quelques mots. Ce retour, la façon dont Seku Mâga l’a entrepris et le vit au quotidien depuis 5 ans, auraient nécessité plusieurs bouquins pour en faire comprendre tous les contours. Ce travail, j’ai décidé de l’entreprendre après la tournée qui reste, dans le temps, l’urgence et la priorité. C’est pourquoi je vais, dès mon retour, réaliser une série d’interview et d’entretiens avec Seku, pour qu’il explique lui-même son combat, car c’en est un.

Pour ce qui est du dernier incident qui émaille son parcours, voici en quelques mots et en deux épisodes de quoi il en retourne…

Seku a été introduit au Village des Arts de Dakar par une personne influente, pour qui nous avions la plus grande estime, qui a cherché à rencontrer Seku suite à une interview qu’il a vue à la télévision et qui nous a toujours assuré de son bienveillant parrainage au Sénégal. Il lui a fait prêter la bas un atelier qu’il a aussi aidé à équiper du minimum vital. Au Village, Seku fut accueilli avec beaucoup d’amitié et de fraternité par les artistes. C’est là, dans le cadre de la biennale qu’il a donné cette conférence gratuite dont je vous parlais dans mon journal, le 23 mai dernier (voir mon compte rendu de cette conférence dans la rubrique « mon.journal du 23/05)

A cette occasion, l’assistance, a pu juger une fois de plus de la pertinence de l’approche de Seku, qui, bien que dérangeante, est néanmoins légitime. Tout le monde s’était ébahi de sa connaissance, de son érudition et de l’intelligence de ses propos qui ont recueilli de nombreux et chaleureux compliments et applaudissements.

Quelqu’un dans l’assistance, (que je ne nommerai pas ici car je n’ai pas l’accord de Seku pour le faire -il le fera s’il le veut), quelqu’un donc d’important, d’influent, de sérieux, que j’appellerai la personne, lui a proposé de lui acheter une œuvre pour le soutenir dans ce combat que la personne estime très légitime. Quelqu’un dont personne ne douterait à priori de la parole. Quelqu’un qui a des responsabilités à très haut niveau… Quelqu’un qui lorsqu’il vous dit « tu peux compter sur moi », vous avez plutôt tendance à le croire. Ay kwè sa* ! Cette personne donc lui dit en gros ceci : « Puisque tu es ici et que tu n’as pas de moyens, vas donc manger à la cantine sur la base de cette œuvre que je t’achète. Mange à crédit et je te donnerai l’argent pour la fin du mois. Tu peux compter sur moi… » Ay kwè sa ! dis-je donc…

Cette offre fut vécue comme une bénédiction et c’est ainsi que durant plusieurs semaines, Seku put se nourrir sur la base de cette promesse. Au bout d’un certain temps, le tenancier du restaurant du village des Arts, un certain M. Keita, lui réclama son du, ce qui est en soi tout à fait légitime. C’est alors que Seku se mit en quête de la personne. Mais la personne se mit à le fuir, à zapper ses appels, à ignorer ses messages… Ce n’est que lorsque l’un des responsables du village parvint à la joindre, pour calmer le tenancier de plus en plus agressif, que la personne lui annonça n’avoir « rien à voir avec cette histoire » et, pour bien lui signifier sa désolidarisation, lui raccrocha au nez.

Voila donc notre Seku avec pour seule fortune, sa confiance mal placée.

Ça tombait mal, Seku est en pleine préparation du pèlerinage pour lequel il est en train de fédérer des gens, et ce, sans aucun moyen. Le mois d’août est le mois de notre Retour en Afrique et il veut marquer le coup en organisant un périple sur des lieux de mémoire, à l’issue de la conférence qu’il compte donner sur ce thème. Conférence gratuite, comme d’habitude, comme toutes celles qu’il a données depuis qu’il est là et qui émerveillent l’assistance, gratuitement…

Seku demande au tenancier un peu de patience. Mais non, M. Keita ne veut rien entendre. Son père est dans la police et on verra ce qu’on va voir. De fait, il déposa une plainte au commissariat des Parcelles Assainies et c’est ainsi que Seku dut répondre à la convocation qui lui fut adressée par téléphone. Une fois sur place, le marché lui fut proposé : ou il paye, ou il reste là. Ce qui est parfaitement illégal. Ce qui relève de l’intimidation la plus grossière. Il m’appelle pour m’informer que ses affaires ont été fouillées et séquestrées et lui, devant être mis derrière les barreaux en attendant… que quelqu’un ne le fasse délivrer.

Il est 9 heures du matin quand je reçois l’appel du commissariat. J’ai 300 F cfa de crédit sur mon portable et 2000 F cfa en poches. Le pied ! Gigik *!

A SUIVRE…

Ay kwè sa : Textuellement « Vas croire ça », autrement dit « N’en crois rien ! »
Gigik : Onomatopée familiale qui veut dire tout et son contraire. « C’est gigik » veut dire « C’est bien » et aussi « C’est nul » selon le contexte dans lequel il est placé. Nous en reparlerons…

3 comments on “Seku Mâga : Passez par la case « Prison » ! (Partie 1)”

  1. Mouhamadou Dia est l’un des peintres figuratifs les plus réputés de son époque. Après plus de vingt ans de pratique ininterrompue d’atelier, il finit par faire de l’art figuratif sa chasse gardée. Il s’est tant et si bien baladé dans les méandres du figuratif qu’il s’autorise à jouer avec son matériau, ses outils, voire ses contemplateurs.

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