Vendredi 15 août 2008 : Retour en Afrique, 5 ans déjà ! Et si on écrivait l’histoire de la Caravane du Retour ?

C’EST L’ANNIVERSAIRE DE « LA CARAVANE DU RETOUR »

Le 15 Août 2003, La caravane du Retour embarquait de France pour l’Afrique.
En 5 ans, tellement de choses se sont passées !
Dîtes, et si j’écrivais sous vos yeux le roman de la Caravane ?
M’accompagneriez-vous dans cette étourdissante histoire,
faite de bonheur, de rebondissements, de vérité, de larmes et de chansons…?
La Caravane et les Doyens
L’une des rencontres les plus importantes, car hautement symbolique de la Caravane fut celle des illustres doyens de l’Université des Mutants de Gorée, tous gardiens de Tradition
dont, à ma gauche, le regretté professeur Saliou Kanji,
qui fut le plus grand fan de Séku et pour moi, comme un père.

Paris, où nous transitâmes 15 jours sur le chemin du Retour Martinique/Afrique n’avait pas connu d’été aussi chaud de mémoire d’homme, qu’ en cette année 2003 ! On se serait vraiment cru en enfer ce 15 août là, à Orly, lorsque nous embarquâmes pour le Sénégal, porte de notre grand Retour en cette Afrique vers laquelle, plein d’espoir, nous nous en allions.

Au moment d’évoquer cet anniversaire, je réalise tout ce qu’il faudrait pour raconter ça, tout ça… Il y a tant à dire, d’anecdotes, d’évènements contradictoires, de souffrances, de miracles, d’amour et d’amitié et aussi de déception, et aussi de passion, et aussi de prise de conscience dans une réalité du Retour enfin vécue, vécue jusqu’à l’os j’ai envie de dire, pour dire vécue sous tous ses plans, des plus heureux aux plus pénibles, pour dire aussi que… ça a saigné.

Il y a longtemps que je pense à écrire tout cela, ne serait-ce que pour que Munyahni comprenne bien pourquoi je l’ai fait changer de nom, de look, de continent, de civilisation, au grand dam de certains qui voient pour cela, en moi, une très mauvaise mère… Je suis finalement contente d’avoir, avec ce blog, une possibilité de m’y mettre enfin. Toute seule dans mon coin… Je ne crois pas que j’écrirais régulièrement sur le thème. Entre la survie, la musique, la tournée et les projets en cours, je n’ai pas beaucoup de temps pour faire tout ce qu’il faudrait. Mais… si vous êtes là avec moi, qu’on prend un rendez vous dans ces pages pour que je vous raconte, châpitre après châpitre, les pourquoi et les comment de ce Retour, cela aiderait à avancer, je pense. Non ?

LE RETOUR TOTAL DE SEKU MAGA : UN CAUSE INCROYABLE !

Et, en vérité je vous le dis, il faut écrire tout ça. Il faut parler de ce combat incroyable que Seku Mâga est en train de mener seul, tout seul, mais complètement seul, sous mes yeux, dans une indifférence quasi-totale. Et ma conscience me dit qu’il faut le soutenir et l’accompagner, car il a raison. Totalement, fondamentalement, parfaitement raison. Je suis sure que vous comprendrez vous aussi, à la fin, le bien fondée de cette pensée, unique en son genre aujourd’hui, devenue en 5 ans de ce qu’il a appelé son Retour Total, une pensée claire et limpide, plus libre aujourd’hui que jamais, car définitivement débarrassée des convictions religieuses qui participèrent à la fonder et à la fortifier à l’origine. Ça aussi, je vous raconterai… C’est une initiation très intéressante, un vrai chemin de Damas, Jésus en moins…

Et aujourd’hui, qu’on ne peut même plus le taxer (cela s’est vu !) d’être un gourou, c’est bardé de Connaissance et de lois que Seku Mâga porte un message que… personne ne veut entendre. Il ne proclame pas une vie meilleure dans aucun au-delà, mais exige tout simplement pour lui et pour les siens, une vie de liberté bien réelle, ici et maintenant… Ses revendications stupéfient par leur audace. Mais elles brillent par leur légitimité. Quand il dit ce qu’il veut et au nom de quoi il le veut, soit on se prend la main dans la tête et on se dit « Ce type est un grand malade… » (c’est ce que je me suis dit la première fois que je l’ai rencontré. Nous en rions encore lui et moi…) et on passe à autre chose, soit sa propre tête est pétée et on comprend qu’on a affaire à un cas qu’il faut du temps et une sacrée dose d’honnêteté intellectuelle pour comprendre, apprécier et juger.

Quand on écoute Seku Mâga, quand il explique qui il est, ce qu’il veut, on ne peut pas se contenter de s’arrêter seulement sur ce qu’il parait. Pour le convaincre de renoncer à sa cause, il faut juste lui démontrer qu’il a tord. Lui, il peut démontrer par contre, qu’il ne veut rien d’autre que ce que la loi exige et a prévu pour les victimes comme lui, de crime contre l’humanité.

HOU, LES VILAINS MOTS !!!

Crimes contre l’humanité… Victime… En voila de vilains mots, ah oui, ça… Des mots qui font mal ! Si à ceux là on ajoute le mot terrible de « réparation », alors là, les esprits se déchaînent ! Les voilà qui tombent dans le « victimaire » s’écriront quelques cerveaux que le simple fait de réaliser qu’un homme comme Seku Mâga puisse exister exaspère. Et alors les victimes ne sont plus, aux yeux de ces cerveaux là, que les victimes d’elles-mêmes ! Et d’ailleurs, c’est bien fait pour elles, elles n’ont pas à perdre tout ce temps à s’arrêter sur leur situation de victime nouvellement reconnue, ni chercher à savoir à quoi pourrait bien servir concrètement cette belle loi Taubira… Ils n’ont pas à réfléchir et s’ils l’estiment légitime et nécessaire, à réclamer quoi que ce soit pour eux-mêmes, en fonction des droits qu’on leur reconnait pourtant en grandes pompes ! Oui, pour ces cerveaux là, les gens comme Séku Mâga se complaisent dans le « victimaire ». Autant dire dans la souffrance du passé, dans les champs de canne, dans le temps perdu, dans les illusions, dans la merde quoi !

Victimaire...Encore un mot dans lequel on a fermé à clé toute velléité de demander une quelconque réparation pour le crime contre l’humanité, je le répète, dont nos ancêtres ont été les victimes et dont nous sommes, qu’on le veuille ou non, qu’on nous le reconnaisse ou pas, nous aussi encore aujourd’hui des victimes. Ben oui, j’ai envie de le crier ! Je le démontrerai, je l’espère, dans ce récit où je raconterai forcément mon propre retour de victime, oui, mais pas de pauvre martyr. Moi, Imaniyé, je suis descendante de victimes, consciente, réfléchie et déterminée à retrouver la paix de ceux qui ne sont pas comme moi, des victimes…

Seku et moi, (mais nous ne sommes pas les seuls), nous appartenons à la sorte de victime qui passe à l’acte pour réaliser les rêves, dont, en premier, celui d’être heureux. Encore un mot sur le sens duquel nous aurons à bien nous entendre… Est-ce vraiment notre faute si l’un de nos rêves liés à notre bonheur et entretenus des années durant, était de retrouver cette Afrique que nous nous sentions le premier devoir et l’impérative nécessité de rencontrer ? Nous estimions que nous devions vivre ce Retour, comme la première des Réparations, celle que nous devions effectuer aussi et surtout sur nous-mêmes, dans nos têtes de déracinés.

JE VEUX REPARATION !

Réparation… Voila sans doute le mot qui fâche le plus. Là, c’est carrément de la poudre à gratter jetée sur l’épiderme susceptible d’un occident qui fait de la honte une couverture. Reconnaître le crime, l’ONU et la France l’ont fait. Et c’est vraiment tout à leur honneur, il faut les en féliciter et, en ce qui nous concerne, les remercier. Parce qu’ils ont donné à Seku Mâga la possibilité de mettre en application leurs excellentes dispositions en matière de Réparation, de Réhabilitation et de Restitution prévues par eux… Ce sont leurs propres termes. Cependant, nous notons que l’on nous sert toutes espèces de bonnes raisons morales de ne pas parler d’argent dans le cadre de ce crime. On nous culpabilise et on nous cloue au pilori si l’on ose penser, voire même dire…
« Heu, au fait, j’ai le droit de retourner, chouette ! mais il me faut deux billets par personnes (Fort-de-France-Paris / Paris – Dakar), et avec mes 20 kg règlementaires, je fais comment ?… » (par exemple), alors là !!! On va nous trouver ignobles de vouloir négocier ainsi le passé, au nom de ces millions de vies qui n’auraient pas de prix. Aujourd’hui. Car elles en eurent un, à leur époque… Et on n’hésita ni à vendre, ni a en acheter par millions, ni surtout pas à les prendre.

Esclavage
Dans cette image, je vois plus particulièrement ces deux gosses… Le petit Noir esclave, couché dans l’ombre, par terre à côté du chien, qui contemple ce que va être sa vie… Le petit Blanc dans les bras d’une mère attentionnée, qui contemple son héritage, sous le regard du maître indolent et satisfait…

Et il aurait fallu que l’on ai déjà oublié tout ça, au bout de quelques toutes petites décennies sur 4oo ans d’histoire, de drame, de crime, de sang, de larmes, de chaînes, de coup, de morsures de chiens méchants, du goût de la trique dont on ressent l’horreur… Crime contre l’humanité ont-ils reconnu…Ce ne sont que des mots pour qualifier ce moment de l’histoire où mon destin se scellait. Ce sont mes parents qui ont subi le rapt, la déportation, l’esclavage… Puis plus tard, la prise en main totale par la départementalisation, dans les terres d’exil et d’exploitation de l’homme par l’homme, volée à un peuple exterminé au passage ! Et le pire, c’est que nous devons trouver ça bien. Mais enfin, comment, une fois que l’on a pris conscience de la cage dans laquelle on se trouve, comment accepter ce châtiment supplémentaire sans faire insulte à notre premier ancêtre et aux suivants qui, de génération en génération, jusqu’à ce que la conscience ne soit bâillonnée sous un masque blanc, ont crié vers le ciel pour demander justice, avant de mourir en terre d’exil et de malédiction ?…

Oh, j’aurai aimé qu’il en fut autrement. Il m’arrive quelquefois de me dire que ça doit être plus cool d’être Tibétain ou Russe… Ou Chinois, ou Italien. Ce doit être bien d’être clairement quelque chose de précis, de savoir exactement qui on est, d’avoir une histoire connue et acceptée, de pouvoir récolter aujourd’hui le fruit des actions et du travail des générations passées sans se poser de question, tout simplement parce que c’est normal… Oui, ce doit être bien, de se sentir clairement appartenir à un clan… Hélas ! Quand on naît de gens qui ont vécu l’esclavage tel qu’il a été pratiqué, on ne peut qu’être déchirés en quelque part. A moins de n’y avoir jamais pensé…

L’une des Réparations justement, consiste à se réconcilier avec cette histoire, l’assumer en toutes connaissances de causes, quel qu’en soit le prix. Réconciliation avec nous-mêmes, et aussi et absolument réconciliation avec tous les protagonistes de ce fâcheux passé qui le veulent. Reconnaître à tous leur juste part, leurs justes mérites s’ils en eurent, et, constatant les conséquences liées à ce passé, cette réconciliation doit permettre de tirer alors au plus vite son épingle de ce jeu sans y laisser sa peau. Chacun a sa manière. Là encore, les vraies natures se révèleront.

Le premier pas, c’est donc de faire face à cette histoire longue et douloureuse. Et tout le monde sait que ce n’est pas fini, hein l’Afrique ? C’est mal que de constater cela ? Mais nous devons parler de tout ça. C’est notre histoire, c’est de cela que nous venons, c’est dans ça qu’on a germé et grandi, de génération en génération. Et si aujourd’hui quelques uns parlent de justice, qui peut leur donner tord sans au moins les entendre ?

NI SENEGALAIS, NI NIGERIENS, NI MEME… AFRICAINS ?
ALORS, ON EST QUOI ?

L’expérience montre qu’aucune politique actuellement en cours ne peut répondre aux attentes d’un Séku Mâga. Par exemple : parmi ses nombreuses revendications, il demande la nationalité africaine et le passeport qui va avec. Qui peut le lui délivrer ? L’union Africaine n’a pas compétence pour cela. Sinon qui ? Personne ? Ah… Et avec quel titre d’identité il va voyager, travailler, louer une maison, ouvrir un compte en banque, monter une affaire… s’il veut le faire, maintenant qu’il est de retour sur la terre ancestrale ? Dans la case « Nationalité », que va-t-il écrire ? Surement pas une des ces nationalités créées de toutes pièces par les nations coupables du fameux crime contre l’humanité en question, lors de cette conférence de Berlin qui a décidé, à coup de grands traits tracés bien droits sur une carte en papier, de faire des peuples d’Africains colonisés, des sujets des pays d’Europe…

Donc il ne peut pas être Camerounais ou Sénégalais. Alors, il est quoi ? Il n’est rien ? Han-han ! impossible… L’article 15 de la Déclaration des Droits de l’Homme est formel : « Tout homme a droit à une nationalité….. » Donc l’Afrique a un gros problème là, admettons le. Et ce problème là, Seku Mâga permet à l’Afrique de se le poser et de chercher à le résoudre. L’Afrique doit trouver une solution. Et pour cela, écouter les réflexions, les revendications, les choix, les désirs, voire les solutions des hommes et des femmes de la Diaspora qui veulent revenir et exercer pleinement et simplement leurs droits et de leurs devoirs. Seku Mâga ne veut pas une partie de ses droits, ni seulement des droits moraux et virtuels. Il veut tous ses droits, ce qui, à mon humble avis relève du bon sens et de son bon droit.

Voila un africain qui revient, et qui d’ailleurs commence par dire qu’il n’est pas Africain, car « Afrique » est le nom attribué au continent par ceux qui l’ont colonisés, comme les noms des nations africaines, comme les noms des descendants des esclaves dans les colonies, comme les noms des continents soit disant « découverts » et possédés au prix du génocide de peuples autochtones… Ben oui, là encore, c’est pas notre faute, c’est celle de l’Histoire. Et on aura beau ne pas en parler, cela a existé, cela s’est passé, et le monde doit faire avec. Tout le monde. Les descendants des uns et des autres sont bien obligés de gérer leur patrimoine comme ils le peuvent. Non ? Ma mère avait coutume de nous dire que c’est pour nous et pour notre avenir qu’elle se devait de bien se comporter dans la vie, parce que le proberve dit que « les parents mangent des noisettes et ce sont les dents des enfants qui sont gâtées. » Sagesse populaire.

LA SUITE AU PROCHAIN NUMERO 😉

Mais je m’égare là, chaque chose en son temps… Pour l’heure j’en suis à ce rendez vous que l’on va tenter de se prendre, pourquoi pas le vendredi, comme actuellement ? Pour avancer bout par bout dans l’histoire de Seku Mâga et de son retour total.

Et tout d’abord les filles, je vais vous raconter comment j’ai connu ce Seku Mâga et comment, en un seul mot, je suis tombée raide amoureuse de lui ! S’en suivirent 10 ans de bokâtaj durant lesquels nous sommes allés de l’Escalier de Zâbélé, situé au quartier Chère Epice au Vert Pré, Martinique, à la Porte du Grand Retour dans l’île de Gorée, Sénégal où nous débarquions, un certain 16 août 2003 dans… la bagarre !

Ben oui, c’est dès les premières minutes que les ennuis ont commencé. Mais la téranga aussi. On développe vendredi prochain, comme on a dit ? A la prochaine fois alors, avec :
Une histoire d’Adam et Eve…

En savoir plus sur

La Déclaration Universelle des Droits de l’homme :
http://www.lexilogos.com/declaration/texte_francais.htm

Morceaux choisis :
Article 6
Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.
Article 13
Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat.Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
Article Article 15

Tout individu a droit à une nationalité. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.
Article 19
Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.