vendredi 23 mai : Super Seku et la Tribu se jettent à l’eau !

Séku Mâga, grandiose hier !

Je devrais normalement avoir envie de parler d’abord de l’avant première de la Tribu, cet après midi, à Pikine comme je vous disais. Mais vraiment à part vous le rappeler, je n’ai pas envie de m’apesantir ce matin sur un sujet qui me semble si… léger. Oui, car mon esprit est tout entier occupé par la conférence de Seku Mâga hier au Village des Arts.

 

Seku Mâga

Seku Mâga, devant la partie qu’il a réalisée sur la Fresque des Nations au Village des Arts, à l’occasion de la biennale Dar’Art 2008. Il y représentait la 6ème Région Africaine. (Photo : KRN)

Les idées se bousculent, s’entrechoquent, chacune d’elle nécessitant un débat, demandant de prendre parti.
J’ai été la femme de Seku Mâga, et je le connais mieux que personne. Personne n’a jamais compris pourquoi j’ai choisi de vivre à ses côtés, en sachant qu’il fallait que j’ai les moyens d’amener le sandwich. Oui, allons droit aux faits. Parfaitement, le sandwich. Car trop occupé à chercher dans la poussière des bibliothèques, trop pris par ce qu’il découvrait et qu’il remettait sans cesse sur le tapis, trop pressé d’agir pour faire avancer cette cause qu’il est le seul à défendre si totalement, Seku Mâga ne pouvait être l’employé de personne. Il n’avait pas le temps. Cet homme, tout entier pris par sa cause, a passé et passe sa vie à s’appliquer à bien faire les choses et aller jusqu’au bout de toutes ses croyances.

Certains ont pensé que j’ai suivi dans son délire un gourou qui m’aurait littéralement envoûtée. Envoûtée, c’est donc ainsi que ça s’appelle cette admiration pour ce que j’ai vu de mes yeux vu hier au Village des arts !? Non, je ne vais pas attendre qu’il meure pour le dire ouvertement : malgré ses défauts d’homme, cet homme est un génie. On le sent quant on le rencontre. Et ce génie qui a fortement impressionné le public d’hier, il ne l’utilise que pour avancer, dans sa tête, vers son idéal. Un idéal que personne ne peut lui contester.

Beaucoup de ceux qui le méprisent le font d’abord et tout simplement parce qu’il n’a pas d’argent, car à part ça que lui reprocher ? Qu’il compose des chansons ? Qu’il peigne des tableaux ? Qu’il écrive des textes, des résolutions, des proclamations, des manifestes, des plaintes pour porter au plus loin son flambeau ? Seul. Seul en tête de cette course à contre vent, à contre courrant de tout ! Allant plus loin que tous. Comme Cheikh Anta en son temps, comme Césaire en son temps, Césaire auquel un intervenant n’a pas manqué de le comparer hier. Mais je n’hésite pas une seconde à adhérer à cette vision, car enfin zut oui, Seku Mâga a l’envergure de ces grands hommes qui, parce qu’ils étaient porteur de lumière et de vérité, ont fait avancer les conscience de millions d’âme.

Hier, j’ai craqué au Village. J’étais là à regarder, entendre, voir un homme dans un combat que tout le monde estime trop grandiose, trop total, trop radical pour être gagné. Tout le monde. Mais quant on l’écoute, qu’est ce qu’on le comprend bien et qu’est ce qu’on a envie de le croire ! Son raisonnement ne supporte aucune contradiction. Surtout pas dans le domaine des Réparations qui divisent les Africains du Continent et ceux de la Diapora. J’entendais un dire qu’il fallait que Séku, dont la cause pouvait offrir une extraordinaire occasion à la 6ème Région de l’Union Africaine de se matérialiser, aille parler à l’Université à tous ces gens qui cherchent une voie de sortie pour cette Afrique, insultée dans les même lieux dernièrement par Sarkozy. J’écoutais un autre dire qu’il était contre la Réparation, car ca voulait dire qu’il tendait la main. Tendre la main. Après la conférence j’ai tenu à parler avec lui pour lui expliquer pourquoi je préférais tendre la main à l’Etat français plutôt qu’à lui dans les rues de Dakar ! Je crois qu’il a compris.

Qui ne comprendrait pas que le droit au Retour passe par tout ce que la loi a prévu, dont les réparations nécessaires à la couverture des frais du Retour si tel est le souhait des descendants de victimes. Je vous expliquerai. En attendant, hier, quant j’ai pris le micro, c’était pour dire à tous ces gens qui admiraient Séku, qu’après la conférence, il n’aurait peut être rien à manger et que, à cause de sa cause, il est confronté aux dettes et à l’extrême dénuement due à sa situation de sans papier de la traite négrière. Qu’il fallait qu’ils sachent que tout ce savoir dont il venait de les gratifier, il l’avait payé au prix de dettes impayées qu’il a du contracter pour nourrir sa famille qui d’ailleurs a explosé, soit dit en passant. Ca aussi je vous raconterai. Je ne pense pas que ça vous fera rigoler.

Aujourd’hui, en écrivant ces lignes, je décide d’écrire la biographie de Seku Mâga. Je veux vous faire comprendre pourquoi il faut encadrer, soutenir, encourager, accompagner et surtout respecter cet homme là.

Quant aux gonzesses… Faut vous dire que les dernières répétitions furent un genre intenses. Demain je vous raconte l’avant première, c’est promis. En attendant, le koutoukou, le gin bété ou baoulé qu’on est sensés se partager après le diner, faudra le boire jusqu’à la lie ! Quant faut y aller… Alors inutile de se lamenter et allons revoir ces répliques qui me prennent la tête à ne pas vouloir y rester. Parce que vous croyez que j’ai fait des anti-sèches comme j’avais dit ? Alors là, vous ne me connaissez pas… Tant que je peux compter sur moi-même… Ceci dit, si vraiment je flippe..!

Retrouvez Seku Mâga sur son blog :
http://sekumaga.over-blog.com/articles-blog.html

Lisez l’article de Afriquenligne sur « Le Mur des Nations »
http://www.afriquenligne.fr/actualites/arts%11culture/
des-artistes-du-monde-erigent-%22le-mur-des-nations%22-a-dakar-200805143724.html

Vendredi 23 mai, suite
20h30 : de retour, é-pui-sée.

De retour.
E-pui-sée !
Je viens de passer le baptême du feu à Pikine. On ne s’en est pas trop mal tirés. Mais quand même, sauter de la page 12 à la page 18 parce que une s’est trompée de réplique, ça ne le fait pas. Donc on va encore travailler lundi toute la journée de lundi pour remettre ça en soirée à Douta Seck, devant un public essentiellement composé de journalistes et d’invités. Seconde épreuve avant d’affronter le grand public.
Bon, de plus en plus, je sais que je peux le faire, mais, bon… j’avoue que je préfère le faire faire. C’est ce que je compte faire, si Dieu me prête vie. En attendant, je vais cesser pour l’instant de penser à la tribu. Au moins jusqu’à demain. Ça me donne l’impression d’être en grandes vacances.