Vendredi de feu à Fort-de-France : Plus jamais ça ?

Flash back sur un mauvais souvenir…

C’était vendredi dernier. Pendant que je me faisais jeter par des taximen racistes à Casablanca, Fort-de-France s’embrasait et les gardes mobiles asphyxiaient son maire… A l’heure où s’annonce la fin de la grève, tout cela sera à ranger au chapitre des mauvais souvenirs… J’espère ! En attendant, revivons pour mémoire, les évènements à travers le regard de ma copine Audrey Gauvindin qui y était…


Barrage du cortège de camions au Lorrain… Juvénal Rémir galvanise ses troupes

Vendredi après midi fort de France a frôlé l’embrasement ! Tout est parti d’un convoi mené par des socio-professionnels venus manifester disent-t-ils de façon pacifique pour la reprise de l’activité économique de l’île après un mois de conflit.

En tête de cortège, des engins agricoles conduits par les ouvriers de la banane, partis dès 6h00 du matin du nord de l’ile (Basse pointe puis au Lorrain)…tous suivis des gros patrons de la banane et donc en majorité des « békés ». Tout au long du cortège, des chefs d’entreprises sont venus grossir la manifestation, direction le chef lieu.

Mais voilà, arrivés aux portes de Fort de France, au quartier sainte thérèse le ton change ! Les manifestants et militants du collectif du 5 février voient en cette démarche une véritable provocation du patronat martiniquais et décident de leur interdire l’accès à la capitale. Des barrières seront donc installées et du coup, les partisans du collectif et les membres du convoi de socio-professionnels se retrouvent face à face…

Les premiers incidents éclatent non loin de la place François Mitterrand, avenue principale menant au cœur de la ville. Un agriculteur pris à partie par des manifestants est contraint de laisser son tracteur. Plus tard, des individus y mettront le feu. Décidés à quitter les lieux, vu le climat de tension qui gagne rapidement les membres du collectifs, les manifestants décident alors de prendre la rocade et de faire demi tour…Et c’est là qu’éclatent les échauffourées.


Ça barde sur la Rocade…

Il est 13h20, Des militants jettent des pierres sur les véhicules des sociop-rofessionnels alors en opération escargot. Des Békés sortis de force de leur voiture vont être maltraités par des individus armés. Ce climat mettra rapidement fin aux négociations en cours à la Préfecture et le représentant de l’État prend la décision de dépêcher sur place une cinquantaine de camions de gendarmes mobiles.

Il est 15h00, un face à face coriace oppose les forces de l’ordre aux manifestants du collectif. On est cette fois-ci à Trénelle, quartier chaud de fort de France, non loin des Terres Sainville ,autre quartier populaire, et visiblement les forces de l’ordre n’ont aucune idée du lieu ou elles se trouvent ; pour calmer le jeu les hommes armés n’hésitent pas à envoyer des grenades lacrymogènes sur les grévistes situés aux abords du siège du Parti progressiste martiniquais et ce, jusqu’à la place du 22 mai, place symbolique, lors des manifestations de l’abolition de l’esclavage en Martinique.


Le centre ville enfumé…

C’est alors que Serge Letchimy, le député maire de Fort de France intervient en personne pour apaiser la situation. Il n’hésitera pas à aller calmer les jeunes bien décidés à ne pas se laisser intimider par les hommes en «noir». Il sera lui-même pris de malaise et incommodé par ces gaz lacrymogènes. En moins d’une heure, fort de France est quadrillé…

La tension gagne le cœur de la ville, la maison des syndicats, véritable quartier général du Collectif du 5 février sera encerclée et bombardée de gazs lacrymogènes. Emeutes…La ville s’embrase. Des femmes, des enfants courent dans tous les sens. A côté de cela, des individus cagoulés et armés entrent dans un bras de fer avec les autorités. Une quinzaine de personnes seront arrêtées, toutes armées.

Le collectif et quelques élus appelent au calme et demandent au Préfet de retirer ses hommes du chef lieu pour éviter qu’il y ait mort d’hommes. Une image forte ressort de cette après midi d’émeutes : des manifestants avançant en masse vers les forces de l’ordre en scandant « yo armé, nou menm pa armé »…

Les gardes mobiles encerclés : hallucinant !

Décision du Préfet , les faire quitter au plus vite le centre ville pour éviter l’affrontement.

Dans les écoles les quelques enfants retournés en classe le jour même seront incommodés par ces odeurs de gaz. C’est le cas à la Maitrise, établissement situé non loin de la mairie foyalaise ,mais aussi du petit couvent de Fort de France.

La rocade étant impraticable, des embouteillages monstres se créent sur les itinéraires de délestage. Fort de France s’apprête à passer une chaude nuit… Les forces de l’ordre resteront mobilisées au cœur de la ville.

Du coup au petit matin, de gros dégâts matériels sont enregistrés aux quatre coins de l’île et dans les quartiers de la capitale. En majorité des feux de poubelles, une trentaine de voitures incendiées et, fort heureusement, aucune victime.

Ce samedi, au lendemain d’une après-midi d’émeutes, près de 5000 personnes défileront dans les rues de la ville, à l’appel du collectif du 5 février. Elles dénoncent en chœur une provocation du patronat, et sans surprise ce jour là celui-ci brille par son absence à la table des négociations en préfecture !

Audrey Gauvindin

7 comments on “Vendredi de feu à Fort-de-France : Plus jamais ça ?”

  1. Zorro dit :

    Padhoc, in ne faut rien attendre de digne du patronat.
    Sa raison d’être, c’est de gagner de l’argent sur le dos des pauvres. Et il a le pouvoir politique. Donc, il ne va pas se gêner…Vois l’exemple de Total, qui pollue, qui tue, qui gagne des monceaux de fric et qui licencie quand même quand ça l’arrange. Il y a débat, mais il y a fort à parier que Total fera ce qu’il voudra, une fois le scandale étouffé.
    C’est la raison pour laquelle je trouve intéressant ce qu’ont arraché les travailleurs de la SNL en Nouvelle-Calédonie: le Droit d’alerte, c’est-à-dire le droit de se faire ouvrir les livres de compte de l’entreprise quand elle annonce des licenciements. C’est un contrôle ouvrier sur les comptes de l’entreprise.
    Dans le cas de Total, on a dépassé cela, car au moment-même où on apprend ses pharamineux bénéfices, on apprend ses prévisions de licenciements en France. C’est du plus parfait cynisme et de la pure insulte aux travailleurs.

  2. Zorro dit :

    Le groupe Total:

    Décembre 1999: naufrage du pétrolier poubelle l’ Erika au large des côtes bretonnes et marée noire touchant tout le littoral atlantique, breton et vendéen. Procès, condamnation à des réparations et appel…En attendant, cancers de la peau pour les bénévoles qui ont participé au nettoyage.

    Septembre 2001: explosion de l’usine AZF à Toulouse, avec les conséquences en vies et en dégâts que l’on sait. En procès actuellement.

    Printemps 2008: fissures à la raffinerie de Donges, et marée noire à Paimboeuf, dans la Loire et la mer. On remet ça! Trop récent pour être déja en procès. Faut plus de 10 ans et pendant ce temps-là…

    Mars 2009: 14 milliards d’euros de bénéfices annoncés et prévision de 555 emplois.

    Jusqu’à quand on les laisse faire?
    Sont encore pire que des békés, et si ça se trouve, ils sont blancs…(mais il y a peut-être quelques actionnaires noirs dans le groupe. Je fais de la mauvaise ironie, dirait notre Imaniyé ^^)
    J’ai la haine de Total.

  3. pahdoc dit :

    Si les nantis commencent à provoquer les économiquement faibles, la révolution ne peut qu’éclater. C’est une position indigne et insultante de la part du patronat. Quant on voit ce que Total se permet!!! C’est ainsi que les révolutions se créent.

Comments are closed.